Le CSA épinglé par les médias

MEDIAS Le Conseil supérieur de l'audiovisuel entretient une liste de personnalités, politiques ou non, dont le temps de parole est ajouté au temps de parole global des partis politiques français à la télévision et à la radio...

Sandrine Cochard

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Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) va engager "une réflexion concertée sur le droit à l'information en matière sportive", a-t-il indiqué lundi dans un communiqué.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) va engager "une réflexion concertée sur le droit à l'information en matière sportive", a-t-il indiqué lundi dans un communiqué. — Jean-Pierre Muller AFP/Archives

Lundi, le quotidien «La Croix» lance un pavé dans la mare en annonçant que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) «demande subitement aux radios nationales de décompter le temps de parole de 1.800 personnalités», politiques ou non, afin de respecter la règle des «trois tiers» (voir encadré). Le journal fournit même la liste des personnes visées par cette surveillance «subite» (à voir en cliquant ici).

Johnny Hallyday, Cali...
 
Parmi elles, on note la présence de Johnny et Laeticia Hallyday, Doc Gyneco, Cali ou encore Philippe Torreton. Le lien de chaque personnalité avec un parti politique français y est soigneusement consigné (membre, député, porte-parole, sénateur etc). Contacté par 20minutes.fr, le CSA se dit surpris d’un tel tollé. «Cette base de données résulte d’une demande expresse des chaînes de télévision et des radios, explique-t-on au conseil. Il s’agit de leur faciliter la tâche pour décompter le temps de parole global des différents partis politiques.»

Pourtant, les responsables des radios ne semblent pas au courant. «Le CSA nous demande de faire respecter des textes que personne ne respectait… Nous lui obéissons», assure Michel Polacco, secrétaire général de l’information de Radio France, dans «La Croix». Le journal cite également un courrier interne de la directrice adjointe de France Culture, Laurence Bloch, dans lequel elle demande aux responsables de programmes - hors information, magazines d'informations et d'actualités - de tenir compte désormais de «tous les propos tenus, quelle que soit leur nature (politique, privée, de nature culturelle, culinaire ou tout autre). Autrement dit, c’est la qualité du locuteur qui compte et non la nature des propos.» «De sorte que Dominique de Villepin, invité pour parler de son dernier livre sur Napoléon, ou Philippe Séguin, intervenant sur le football, seront "comptés"», conclut «La Croix».

Malentendus?

Faux, rétorque le CSA qui assure que seuls les propos politiques ou évoquant une personnalité politique seront décomptés. «Un artiste en promotion qui parle de son film ou de son album ne sera pas compté», affirme-t-on au conseil. Contactée par 20minutes.fr, Laurence Bloch précise toutefois ne pas avoir rencontré de problème au sujet d'un invité depuis l'entrée en vigueur de cette mesure, le 1er janvier dernier.
 
Si le CSA confirme avoir transmis une liste de noms aux chaînes et aux radios, il pointe celle publiée par «La Croix». «Cette liste est obsolète et doit dater de la période de campagne présidentielle, souligne-t-on. Nous avons effectivement une base de données de ce type mais nous l’actualisons régulièrement, tous les mois environ. Les époux Hallyday, par exemple, n’y figurent plus.»
 
Mais certains journalistes «y voient une nouvelle reprise en main politique du sujet et craignent d'être contraints à choisir des invités selon le temps de parole, y compris en dehors des périodes électorales», note lefigaro.fr. Le site précise même qu’«à Radio France, l'intersyndicale des journalistes, associée à la société des journalistes, a d'ores et déjà «invité les journalistes à ne pas tenir compte de cette directive».

Règle des trois tiers

Cette règle instaure un temps de parole équivalent pour le gouvernement, pour la majorité et pour l'opposition parlementaire.