Les Etats généraux de la presse ont rendu leur copie

MEDIAS Zoom sur quatre des 90 recommandations rendues au gouvernement pour sauver les journaux de la crise...

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La Tribune et la Croix ont fait leur apparition dans les kiosques lundi sous un nouveau visage, un an après les nouvelles formules lancées par Le Monde, le Figaro et l'Humanité.
La Tribune et la Croix ont fait leur apparition dans les kiosques lundi sous un nouveau visage, un an après les nouvelles formules lancées par Le Monde, le Figaro et l'Humanité. — Hocine Zaourar AFP

«Avis de très forte perturbation». Un bulletin météorologique en guise d’alerte rouge pour les journaux qui «vont mal, très mal». C’est le constat dressé jeudi matin par les Etats généraux de la presse, sorte de Grenelle chargé, depuis le 2 octobre dernier, de trouver des solutions à la crise du secteur. Quatre groupes de travail ont cogité sur le sujet et viennent de remettre 90 recommandations à Christine Albanel, la ministre de la Culture et de la Communication, via un «livre vert». Un document à partir duquel Nicolas Sarkozy, absent de la conférence de ce jour, devrait rendre ses arbitrages. «Il y a urgence», ont répété les professionnels. Le président de la République devrait y répondre d’ici la fin du mois de janvier.

>> Vous ne savez pas ce que sont ces Etats généraux de la presse? C'est expliqué ici >>

Que faut-il retenir de ces 90 recommandations, fruit de plus de 70 heures de débats? 20minutes.fr zoome sur quatre propositions de ces Etats généraux.

- Créer un statut d'éditeur de presse en ligne. Un statut qui pourrait concerner les sites Web des journaux, les pure players (sites d’infos sans journal papier) et les sites Web des télévisions et permettrait à ceux-ci d’avoir les mêmes droits et devoirs que ceux qui s'appliquent aux éditeurs de presse papier (aides, droit de la presse...). «Depuis 15 ans qu’Internet est là, il est temps!», explique Bruno Patino, chef du groupe de travail «Le choc d’Internet», directeur de France Culture après avoir été patron du Monde.fr. Or puisque la jurisprudence est floue entre éditeur et hébergeur en ligne, trois critères permettraient de savoir si un site Web est «éditeur en ligne». 1. Avoir une mission d’information professionnelle 2. Produire des contenus originaux, qui nécessitent un travail journalistique 3. Employer régulièrement des journalistes professionnels.

- Donner aux jeunes journalistes qui n’ont pas étudié dans une école reconnue par la profession, une formation continue pendant les trois premières années de leur carrière. En France, 75% des professionnels dotés d’une carte de presse n'ont pas fait d'école de journalisme, précise le président du directoire de Bayard, Bruno Frappat, du groupe de travail consacré à «l’avenir des métiers du journalisme». Si la majorité des professionnels n’a pas de diplôme journalistique à proprement parler, ils sont souvent pourvus de diplômes universitaires en histoire, en sciences politiques, en lettres, en droit. «Cette diversité des parcours est indispensable à la richesse de ce métier», rassure Frappat. Une garantie qui permet aux articles et reportages de ne pas tous être pensés de la même façon.

- Réorienter la communication de l’Etat vers la presse écrite. Autrement dit, demander à l'Etat d'investir davantage dans la presse pour ses campagnes publicitaires, plutôt que dans la télé par exemple. Actuellement, l'Etat consacre 20% de ses dépenses de communication (estimées à 134 millions d’euros en 2007) à la presse. La proposition, élaborée par le groupe d'Arnaud de Puyfontaine, ancien président de Mondadori France, «Comment régénérer le processus industriel de la presse écrite?», a été inscrite parmi les recommandations «urgentes». Le but: renflouer les revenus publicitaires des journaux.

- Créer une fonction de «journaliste ambassadeur des moins de 25 ans» parmi les salariés d'un journal. Celui-ci serait chargé de proposer des sujets dits «jeunes», explique François Dufour, directeur de la publication de Playbac, qui s’occupait du groupe «Presse et société».

«L’année 2009 sera l’année de tous les dangers pour la presse écrite», résume Bernard Spitz, coordinateur de ces Etats généraux, qui rappelle que la crise des journaux n’est pas une spécificité française. Aux Etats-Unis, la presse américaine traverse une très mauvaise passe. Le Chicago Tribune et le Los Angeles Times sont en faillite; le New York Times en est venu cette semaine à mettre une pub, pour la première fois, sur sa Une, lui qui mettait un point d’honneur à y mettre uniquement des informations.

Parmi les autres recommandations figurent:
- L’idée d’obliger les FAI et moteurs de recherche comme Google à être neutres au moment où ils diffusent les informations des éditeurs de presse en ligne.
- La création d’un laboratoire des nouveaux médias, façon centre de recherche et développement
- Un moratoire d’un an sur les coûts postaux pour acheminer les journaux
- La désignation d’un groupe de «sages» qui rédigeraient, d’ici un an, un «code de déontologie» pour les journalistes. Actuellement plusieurs textes font office de code mais ne sont pas associés à la convention collective de la profession.