La maison infernale du Docteur Saddam

Anne Kerloc'h

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Sa vie est une série. Qualifiée par The Independent de « "Soprano" avec des missiles Scuds », cette fiction en quatre parties de la BBC et de HBO restitue au plus près l'accession au pouvoir du dictateur irakien, jusqu'à son exécution. Décryptage de ce drama marqué au sang par Georges Malbrunot, grand reporter, ex-otage en Irak et coauteur de Saddam Hussein, portrait total (Editions N° 1).

Mafia à l'orientale Une histoire vraie, mais hautement scénaristique. Saddam Hussein, c'est un peu Don Corleone à Bagdad. Le parrain sicilien réglait « les propositions qu'on ne peut pas refuser » pendant le mariage de sa fille. Lui accomplit son coup d'Etat à l'occasion de la fête d'anniversaire de sa fille Hala, 7 ans. « La dictature de Saddam reposait sur la famille, le clan, la tribu. Il a adapté le stalinisme, dont il était un admirateur, au système tribal irakien, confirme Georges Malbrunot. Sa mère a joué un rôle extrêmement important. Quant à ses filles, il leur a fait faire des mariages calculés pour asseoir le pouvoir familial. »

Tragédie moderne La famille, c'est sacré, mais faut pas pousser. Saddam n'hésitera pas à faire massacrer ses gendres et son beau-frère, jugés rivaux ou peu fiables. « La série donne une image fidèle des relations, faites de querelles, voire de haine, entre membres de tribus rivales, celle de son père, les Al-Majid et celle de sa mère, les Ibrahim. La crainte permanente qu'inspirait Saddam est aussi très bien rendue. A la fin de sa vie, il s'est calcifié, recroquevillé sur ses très proches, ses fils. » Doté d'un merveilleux psychopathe en la personne d'Oudaï, le fils aîné qui va, tue, viole et pille, le clan se déchire avec autant de virtuosité que la famille des Atrides dans la tragédie grecque.

Violence, gloire et excès Pour Georges Malbrunot, « House of Saddam » « montre un aspect trop méconnu de l'Irak : l'excès. On adore aussi fortement qu'on déteste. Et quand on vous déteste, on vous tue. C'est un pays dont l'histoire est sanglante, qui a essuyé dix-sept fois des tentatives de conquête, mais ne peut être pris. En ce sens, Saddam est un pur produit de l'histoire irakienne. Cette violence extrême est sans doute un ressort pour une fiction télévisée : c'est le Far West, le western. » ■