Cachez cette guerre que l'on ne saurait voir

Alice Coffin

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« On piaffe et on se demande comment relayer ce conflit. » Xavier Yvon couvre pour RTL l'opération Plomb durci (lire page 9). A vue. Car comme quelque 500 confrères, il ne peut entrer dans Gaza. Les autorités israéliennes refusent tout accès depuis novembre. « On est posté sur des buttes situées à proximité », explique Grégory Philipps, envoyé spécial de France Info. Quand on s'approche, ils tirent à vue. Si Israël est une démocratie, qu'on nous ouvre les portes. » Une position défendue par l'Association de la presse étrangère. Qui a seulement obtenu du gouvernement l'accès pour un pool de huit journalistes, dont deux choisis par l'armée. « C'est hallucinant, note Xavier Yvon. S'ils ouvrent, ça doit être à tout le monde. » Hier, c'était à personne.

« L'état des routes ne permet aucune entrée, explique Daniel Seaman, chef du bureau gouvernemental de presse. Et qu'« on ne dise pas qu'on brime la presse ! Ce n'est pas nous qui enlevons les journalistes. S'ils travaillaient à Gaza, ils seraient sous la contrainte du Hamas, vous appelez cela liberté ? »

Pourtant, ce conflit a connu d'autres épisodes et « jamais l'accès à une population civile palestinienne ne nous a été interdit sur une telle durée », estime Charles Enderlin, correspondant de France 2. « Un collègue de la BBC, raconte Xavier Yvon, me disait que le seul endroit du monde plus fermé, c'était la Corée du Nord ! »

Pénurie d'un côté, surdose de l'autre. En Israël, « pas de soucis pour avoir des infos », souligne Grégory Philipps. Tsahal diffuse même ses images sur YouTube. « Il y a certes des reportages venant de Gaza, note Xavier Yvon. Mais réalisés par des Palestiniens. Pour des questions de crédibilité, on ne peut s'en contenter. » Du coup, la moitié des sujets sur le conflit sont réalisés à Paris. Les rédactions se chargent de joindre des contacts à Gaza. Quand les portables passent.