Le rédacteur en chef de France 3 Corse écope d'une amende de 2.000 euros

MEDIAS Il avait autorisé la diffusion d'images prises au prononcé du verdict d'Yvan Colonna...

Avec agence

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Les critiques de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (Fidh) sur des "manquements à la présomption d'innocence" lors du procès d'Yvan Colonna ont suscité l'indignation de représentants de la magistrature qui dénoncent un manque "d'objectivité".
Les critiques de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (Fidh) sur des "manquements à la présomption d'innocence" lors du procès d'Yvan Colonna ont suscité l'indignation de représentants de la magistrature qui dénoncent un manque "d'objectivité". — Bertrand Guay AFP/Archives

2.000 euros. C’est le montant de l’amende requise jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre du rédacteur en chef de France 3 Corse, Charles Frigara, pour avoir autorisé la diffusion d'images prises à l'énoncé du verdict d'Yvan Colonna. Une initiative soutenue par cette pétition en ligne.

En décembre 2007, un journaliste de France 3 Corse avait filmé des images tournées par les services techniques du palais de justice de Paris et diffusées dans la salle de presse. Elles montrent le président de la cour d'assises spéciale, Dominique Coujard, au prononcé de la condamnation à perpétuité d'Yvan Colonna. La séquence, d'une durée de 37 secondes, avait été diffusée le soir du verdict, le 13 décembre, au journal régional de France 3 Corse de 22h40, puis le lendemain à 19h.

«Une image juste et vraie»

Charles Frigara est poursuivi pour «complicité d'emploi prohibé, dès l'ouverture de l'audience d'une juridiction judiciaire, d'appareils permettant d'enregistrer, fixer ou transmettre la parole ou l'image».

Face aux magistrats de la 17e chambre, le journaliste a une nouvelle fois assumé la responsabilité de ces images, rejetant toute erreur dans la diffusion et pensant «avoir, ce jour-là, pris une bonne décision». C'était «une image juste et vraie», qui «contribuait à donner l'idée de ce que fut ce procès» et de «répondre à cette attente d'information», a-t-il argué, avant que trois journalistes corses ne viennent témoigner en sa faveur et rappeler qu'en Corse, l'attente du verdict était alors «incroyable».

Beaucoup de bruit pour quelques secondes de vidéo

Des arguments qui n'ont guère convaincu le procureur de la République. «Qui dit liberté (de la presse, ndlr), dit obligation, et qui dit obligation, dit sanction», a ainsi relevé Anne de Fontette, gênée que France 3 Corse «décide, en toute connaissance de cause, de diffuser un film qui a été pris par un paparazzo judiciaire». Ce comportement, «contraire tant à la déontologie des journalistes qu'aux lois sur la presse», constitue «une rupture du contrat entre la presse et l'autorité judiciaire», a conclu le représentant du ministère public.