Thierry Saussez: «Au gouvernement français de comprendre tous les ressorts de la victoire d'Obama»

MEDIAS Interview de Thierry Saussez, le patron de la communication du gouvernement français...

Recueilli par Alice Antheaume

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Le Conseil des ministres a approuvé la nomination d'un délégué interministériel à la communication, Thierry Saussez, qui va également prendre la responsabilité du Service d'information du gouvernement (SIG), a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.
Le Conseil des ministres a approuvé la nomination d'un délégué interministériel à la communication, Thierry Saussez, qui va également prendre la responsabilité du Service d'information du gouvernement (SIG), a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. — Joël Saget AFP/Archives

Quelques heures après la victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine, Thierry Saussez, publicitaire devenu patron de la communication du gouvernement français, réagit sur 20minutes.fr.
 
Que pensez-vous des résultats de l’élection américaine?

Je ne suis pas surpris par les résultats, car on savait que l’écart était grand entre les deux candidats. La mobilisation des Américains a été massive et me rappelle celle des Français pour l’élection présidentielle de 2007. Les Français comme les Américains se sont mobilisés comme jamais parce qu’ils ont vu dans ces élections des vrais enjeux. Pour la France, il s’agissait de remettre le pays d’aplomb et d’entamer des réformes. Pour les Etats-Unis, il s’agissait de tourner la page de l’ère Bush et de la crise financière. Crise qui a servi de tremplin à Obama. Dans cette situation d’urgence, les Américains l’ont considéré comme le président qui pouvait faire le job.
 
Pendant la campagne électorale américaine, la France a quasiment fait allégeance à Barack Obama. Si McCain avait été élu, comment auriez-vous fait?
Nous voyions très bien que le renouvellement de la France avec l’élection de Nicolas Sarkozy augurait d’un renouvellement aux Etats-Unis aussi. Par ailleurs, nous ne nous étions pas impliqués auprès d’Obama au point que cela nous aurait causé des problèmes diplomatiques avec McCain.
 
Une équipe de conseillers de Nicolas Sarkozy est allée rendre visite à l’équipe de campagne d’Obama, pour voir comment celle-ci opère, notamment sur le Net. Que regardent-ils exactement?
Au rayon Internet, ça fait longtemps que les Etats-Unis sont en avance sur la France. Nous pouvons faire des progrès considérables car pour l’instant, la communication gouvernementale française se limite à du texte et des photos. Il y a des indications à tirer de l’expérience d’Obama: le degré d’interactivité, avec l’existence d’un réseau social comme my.barackobama.com, le recrutement de bénévoles et le recrutement de soutiens financiers. Aux Etats-Unis, le bénévole ne distribue pas seulement des tracts sur les marchés mais va chercher les abstentionnistes. A nous de comprendre tous les ressorts de la mobilisation américaine et de la victoire d’Obama.
 
Quelles différences faites-vous entre les communications politiques américaine et française?

Il n’y aura jamais en France le marketing politique tel qu’il existe aux Etats-Unis, car nous ne pouvons pas mettre autant de moyens qu’eux. Aux Etats-Unis, ils passent leur vie à faire des panels, de 4h du matin à 18h. De toute façon, les Français n’ont pas le même rapport à l’argent que les Etats-Unis. Là-bas, les sommes récoltées sont un indicateur d’influence des candidats à la présidentielle. Ici, avoir beaucoup d’argent pour sa campagne peut provoquer l’effet inverse. Par ailleurs, la communication politique est très réglementée en France. Nous ne pouvons pas réaliser de spots publicitaires comme l’a fait Obama par exemple et nous n’avons pas le droit de faire des spots négatifs. Or aux Etats-Unis, c’est sur les spots négatifs qu’ils sont créatifs; en revanche, leurs spots positifs sont toujours un peu les mêmes: les candidats lèvent la main avec un drapeau américain en arrière-fond.
 
Vous voulez lancer un site Web pour le SIG (Service d'information du gouvernement)...
Nous n’allons pas ouvrir une WebTV gouvernementale qui tournerait 20h/jour. Nous n’avons pas les moyens. Avec un million et demi d’euros, nous voulons d’abord remettre la toile gouvernementale à niveau.