« La presse étrangère, paria de l'élection américaine »

Recueilli par Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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Laurence Haïm

Journaliste pour iTélé et Canal+.

Vous avez couvert quatre présidentielles américaines. En quoi la campagne que vous racontez dans « No Access » est-elle différente ?

Cela a été la pire de toutes. Rien que pour recevoir le planning des candidats par e-mail, on a dû passer deux cents coups de fil. La montée en puissance d'Internet a bouleversé la communication politique. Il y a de plus en plus de journalistes qui veulent couvrir l'élection, et avec les blogueurs, les vidéos qui circulent, les équipes des candidats sont entrées dans une sorte de paranoïa et de contrôle absolu du message, surtout pour la presse étrangère. En Iowa, quand j'ai filmé dans le QG de Barack Obama, je n'ai pas eu le droit d'interroger les militants. Nos lecteurs ne votent pas, donc nous ne sommes pas intéressants. Nous avons été les parias de l'élection.

Paradoxe : les médias étrangers ont porté un grand intérêt à la campagne...

Il y a le phénomène Obama. Le fait qu'il soit noir, qu'il incarne le changement donne à cette élection un retentissement extraordinaire. Il existe aussi une attente très forte par rapport à cette Amérique en crise et en guerre, sur le rôle qu'elle va jouer après l'élection.

Obama a fini par vous accorder une interview...

Je le suivais depuis neuf mois avec ma petite caméra, en criant « French TV, French TV ! ». A force, j'ai dû le faire marrer. La veille, je ne savais même pas que cette interview aurait lieu. Le directeur de la communication est venu me chercher, on a fait un entretien de sept minutes, de manière hallucinante, entre deux portes... Comme le jour où Bill Clinton m'a enfin accordé quelques secondes... pour lesquelles j'avais fait cinq heures de voiture.

McCain est-il plus abordable ?

En fait, il a toujours été plus facile pour la presse française de suivre les candidats républicains. Ils sont dans une image un peu rêvée de la France, sont flattés que l'on s'intéresse à eux, des représentants de l'Amérique profonde.

La presse américaine a-t-elle aussi souffert ?

A la convention de Denver, si les grandes chaînes ont eu les moyens de reconstituer un studio, la presse écrite était dans un enclos réservé sans avoir le droit de bouger, à suivre la convention sur un écran géant. En fait, on a assisté à une campagne virtuelle, sans contact, sans proximité, avec des chargés de communication recevant six cents mails par jour. Tout ce qu'on aime dans ce métier a été effacé.