La vérité dans l'objectif des caméras cachées

Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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C'est une inspection de routine, menée par la Ddass dans une maison de retraite de Paris, filmée en caméra ouverte. Le personnel a été prévenu, la directrice a le sourire bien accroché. Les menus sont équilibrés, les bactéries traquées. Irréprochable. Seule une soignante confiera à l'inspecteur qu'« il vaut mieux passer sans prévenir ».

Autre établissement, autre méthode. Une journaliste, sous couvert d'un stage d'aide-soignante, filme son expérience en caméra cachée. Personnes âgées dénudées et abandonnées devant leur plateau, erreurs médicales, brutalités, résidents prenant l'ascenseur au milieu des poubelles et du linge sale. Un personnel à bout et une vieille dame qui confie : « Ici, ce n'est même pas survivre, c'est croupir. »

Les deux reportages seront diffusés demain sur France 2, dans une série de sept émissions, « Les infiltrés », présentées par David Pujadas et proposées par l'agence Capa. Un journaliste s'y attache à décrire une réalité de « l'intérieur », en cachant sa qualité de reporter. Un procédé qui a suscité les critiques, notamment de la part d'un confrère, Jean-Michel Apathie. Mais Capa et France 2 soulignent le caractère exceptionnel du dispositif. « On ne va pas faire de la caméra cachée à tout bout de champ, insiste Pujadas. Seulement quand c'est nécessaire. Pour filmer sincèrement le quotidien d'une maison de retraite, ce procédé a une utilité incontestable. » L'émission est suivie d'ailleurs d'un plateau d'une heure pour décrypter le document brut et lancer le débat. « La caméra cachée n'est pas une nouveauté, souligne François Jost, sémiologue de l'image. En 1973, dans la « Saga des Français », une enquête avait ainsi lieu dans un hôpital. La différence, aujourd'hui, c'est que ce procédé se multiplie, et que le journaliste doute moins de ce qu'il voit. On donne à ces images un statut de preuve absolue. Mais une image ne reflète pas forcément la réalité. Certaines utilisations donneront lieu à des dérapages. » Guylaine Locquet, directrice adjointe de la rédaction de Capa, est consciente « que c'est un genre limite. Nous l'utilisons avec précaution et réflexion. Quand on peut faire de la caméra ouverte, on le fait. » Pour le prochain doc des « Infiltrés », sur le travail au noir, caméras cachées et ouvertes filmeront d'ailleurs en alterné.