Des oeuvres canadiennes sont adaptées à la sauce française

Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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Les fictions prennent l'accent québécois

Attention, v'là les Bougon ! Ce soir, à 20 h 50 sur M6, débarque cette famille un peu Deschiens, un peu Groseille, dont la devise est « travailler moins pour gagner plus ». Arnaques à l'aide sociale, petits bidouillages et grande débrouille, la tribu, unie par l'affection et son goût du burlesque, est issue d'une série québécoise au succès phénoménal. « Quand je l'ai visionnée, je l'ai trouvée formidable, lance le réalisateur Sam Karman, qui a mené l'adaptation française, C'était corrosif et original. Le ton m'a tout de suite donné envie. Je n'avais pas vu ça en fiction sur une chaîne française. Si les séries québécoises sont aussi innovantes et drôles, c'est que producteurs et diffuseurs s'autorisent cette liberté. »

Depuis quelques années, le marché français lorgne de près la créativité du pays. France 2 a acquis les droits des « Hauts et des bas de Sophie Paquin » et du drama impressionniste « Minuit le soir ». Arte adapte actuellement « Les Invincibles », qui se définit comme un « Sex and The City » au masculin. Selon nos informations, une adaptation de « François en série », fiction se jouant des différentes facettes d'un personnage, serait également en cours d'écriture pour TF1. « C'est un petit pays en nombre d'habitants, mais avec une grande créativité », souligne Jean-Yves Robin, directeur de Calt, coproducteur avec GMT de la version française des « Bougon ». Une télé publique (Radio Canada) audacieuse, une « exception culturelle » revendiquée... et un professionnalisme aguerri.

« La fiction québécoise est intéressante parce qu'elle croise les méthodes de production américaine et une culture francophone », note Sheily Lemon, du cabinet de conseil Imca. Confirmation auprès de Marc Grenier, de Locomotion, producteur à Montréal (« François en série ») : « Pendant plusieurs années, on a eu l'impression que la France regardait peu ce qui se passait au Québec. Mais en télévision, nous avons vraiment une nouvelle vague d'auteurs qui font de très belles choses. Nous bénéficions aussi de la qualité exceptionnelle de nos techniciens et de nos équipements car plusieurs grosses productions américaines se tournent chez nous. »