Du discours de Sarkozy à la crise de confiance sur la télé publique

MEDIAS Le lourd historique de la commission Copé...

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Les parlementaires PS ont décidé mercredi de quitter la commission Copé sur la télévision publique, une décision qui sera officialisée la semaine prochaine, a-t-on appris auprès du groupe PS à l'Assemblée nationale. "La décision a été actée ce matin en réunion de groupe", a-t-on précisé.
Les parlementaires PS ont décidé mercredi de quitter la commission Copé sur la télévision publique, une décision qui sera officialisée la semaine prochaine, a-t-on appris auprès du groupe PS à l'Assemblée nationale. "La décision a été actée ce matin en réunion de groupe", a-t-on précisé. — Patrick Kovarik AFP/Archives

Trois mois n’ont pas suffi pour définir l’avenir de la télévision publique, une mission confiée par Nicolas Sarkozy à une commission présidée par Jean-François Copé. Propositions avortées, déclarations contredites et tensions intestines: rien n’est allé comme prévu. Historique d’une affaire à soubresauts.

18 juin
La comission Copé a tranché sur le modèle économique à adopter: une taxe de 0,5% sur le chiffre d'affaires des fournisseurs d'accès à Internet et des opérateurs de téléphonie mobile, une taxe sur les fréquences radioélectriques et une taxe sur les recettes publicitaires des chaînes privées.

16 juin
56% des Français sont pessimistes sur l'avenir de l'audiovisuel public et 59% des téléspectateurs ne font pas confiance au président Nicolas Sarkozy et au gouvernement pour gérer la néo-télévision publique. Tels sont les chiffres d’un sondage CSA Le Parisien/Aujourd'hui en France.

13 juin
Le boss de Canal+, Bertrand Méheut, sort de ses gonds au sujet de la taxe des chaînes privées. «Ce n'est pas au moment où les groupes audiovisuels français sont fragilisés qu'il faut freiner encore plus leur développement en leur imposant une nouvelle taxe (on parle de 80 millions d'euros). Nous considérons que cette taxe est totalement injuste».

11 juin
Copé propose de réorganiser France 3 en en faisant «un réseau» de 7 chaînes régionales (au lieu de 13 actuellement) et «un décrochage national». «Le programme de ces sept chaînes régionales comprendrait la retransmission d'évènements locaux et une plus grande place serait offerte aux rendez-vous d'information de proximité».

4 juin bis
La commission Copé persiste, malgré le départ des six parlementaires de gauche.

4 juin

Six parlementaires socialistes et communistes démissionnent de la commission. «Les dés sont pipés. (...) La commission pourra faire les plus belles recommandations du monde, mais les arbitrages sont déjà rendus», dit l’un. «Le commanditaire (du rapport de la commission Copé, Nicolas Sarkozy), celui qui pose les questions, avant même que nous ayons terminé notre travail apporte les réponses et fragilise les deux piliers de l'audiovisuel public: plus de publicité et une redevance qui ne bouge pas», estime un autre.

Le nœud du problème: comment financer le 1,2 milliard d’euros d’un service public dénué de pub? «Le Président dit: “Je suis là pour supprimer des taxes, pas pour en créer. A partir de là, toutes les préconisations de la commission Copé n'aboutiront pas”», résume Patrick Bloche.

2 juin
Colère de TF1, M6 et Canal+ qui, dans une lettre commune au gouvernement, dénoncent le projet de taxation, «préjudiciable et illégitime», dont elles pourraient faire l'objet pour compenser la suppression de la publicité sur France Télévisions.

31 mai
Le ministre du Budget, Eric Woerth, suggère d'«explorer d'autres pistes» que celle de la redevance pour compenser la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public, citant une «fiscalisation modeste d'Internet et de la téléphonie mobile, et fixe d'ailleurs».

30 mai
Jean-François Copé et le ministère de la Culture se disent favorables à une seconde coupure publicitaire sur les chaînes privées, qui pourrait engendrer des recettes de 300 millions d'euros net. Les sociétés d’auteurs, elles, se disent «abasourdies». «Cela lève le voile sur les véritables intentions de la réforme en cours: favoriser le marché de la télévision commerciale, quitte à fragiliser, voire à démanteler le service public». Actuellement, la loi sur l'audiovisuel autorise une seule coupure dans les fictions de 90 minutes et les films.

29 mai
Tensions maximales entre Copé et Sarkozy. Le second a refusé la proposition du premier d’augmenter la redevance télévisuelle de 2,32 euros par foyer. Dans les couloirs, on murmure que le Président aurait plusieurs fois désavoué Copé, et pas que pour des histoires de télévision publique. Pour son rôle de chef des députés UMP aussi. «Copé, c'est le maillon faible du dispositif, il ne tient pas le groupe (...) Il va falloir le changer», aurait affirmé Nicolas Sarkozy, selon Le Canard Enchaîné. Une petite phrase assassine qui s'ajoute aux flèches présidentielles déjà décochées contre le député-maire de Meaux. «Personne n'a eu une vie après avoir été président de groupe...», aurait-il aussi dit.

21 mai
Le prix de la pub. Copé évalue à 450 millions d'euros après le 1er septembre 2009, puis à 650 millions d'euros après le 1er janvier 2012, l'incidence budgétaire pour France Télévisions d'une suppression de la publicité.

9 avril
La commission Copé suggère de supprimer la publicité sur les antennes des chaînes publiques «par étapes» dès 2009 pour une suppression totale fin 2011. Un calendrier qui suivrait celui du passage de l'analogique au numérique.

8 avril

Alors que la commission cogite sur l’avenir de la télé, Christine Albanel, la ministre de la Culture et de la Communication, donne son avis. Selon elle, la publicité serait supprimée de façon «partielle» des chaînes de France Télévisions. Comprendre après 20h, pendant la première et deuxième partie de soirée. «Ce qui fait environ 60% du volume publicitaire, a rappelé la ministre. C’est déjà une étape très importante!»

27 février
Première séance de la commission. Jean-François Copé, interviewé par 20 Minutes, dit qu’il n’y a «aucun risque» que la réforme s’enlise dans les «sables technocratiques». «Nous allons travailler vite: notre échéance a été fixée au 31 mai. Ce sera le printemps de la télé publique!»

19 février
Nicolas Sarkozy installe la commission Copé pour plancher sur l’avenir de la télé publique et fait un discours sur le sujet pour poser les bases. «J’en ai marre qu’on donne l’exemple de la BBC, je veux que la télévision publique française soit un exemple dans le monde», lance-t-il. Il le dit tout de suite: la suppression de la publicité de France Télévisions est un «moyen indispensable» pour mener cette réforme dont «la gauche a rêvé» mais que «mon gouvernement va faire».