Photos du procès Merah: Amende maximale requise contre «Paris Match»

JUSTICE Le magazine avait publié deux clichés pris illégalement lors du procès, en novembre dernier...

20 Minutes avec AFP

— 

Abdelkader Merah devant la cour d'assises spécialement composée de Paris.
Abdelkader Merah devant la cour d'assises spécialement composée de Paris. — Benoit Peyrucq/AFP

Le choc des photos, le poids des euros. Le parquet de Paris a requis mercredi 4.500 euros d’amende – le maximum encouru – à l’encontre de la directrice de publication de l’hebdomadaire Paris Match, qui avait publié des photos prises illégalement lors du procès d’Abdelkader Merah en novembre.

Claire Léost, qui ne s’est pas déplacée devant le tribunal correctionnel, était poursuivie sur la base de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui interdit la captation et la diffusion d’images et de son lors d’une audience judiciaire. Paris Match avait publié deux photos début novembre. Sur l’une, Abdelkader Merah attendait le verdict dans le box, le 2 novembre, derrière ses avocats Antoine Vey et Éric Dupond-Moretti. L’autre montrait sa mère à la barre quelques jours plus tôt avec derrière elle l’autre accusé à ce procès, Fettah Malki.

« Vendre du papier »

L’hebdomadaire s’était refusé à donner l’identité du photographe au nom du secret des sources, et le journaliste de Paris Match présent dans la salle avait nié les avoir prises.

« On vous brandit le devoir d’informer, on se cache derrière de grands principes pour vendre du papier et avoir le 'choc des photos + », a déclaré la procureure, référence à l’ancien slogan du magazine, en requérant l’amende maximale encourue, 4.500 euros.

« Le public a été parfaitement informé » tout au long du procès par des comptes rendus d’audience, reportages audiovisuels, dessins de presse, et cette photo n’était « en rien indispensable », a-t-elle ajouté. « C’est la loi », de tels enregistrements sont interdits « pour la sérénité des débats, la protection du droit à l’image et la sérénité des personnes parties au procès », a insisté la représentante de l’accusation.

Pas d’impact sur le procès

En face, l’avocate de Paris Match, Marie-Christine de Percin, a estimé que « ces deux photos sont pertinentes » : celle montrant Abdelkader Merah permet de voir « l’air narquois de cet homme qui attend le verdict », « son vêtement blanc de salafiste », le tout dans le cadre d’un « procès historique ». Les images, publiées après la fin du procès, ont eu « zéro impact » sur celui-ci, a-t-elle ajouté.

Invoquant la Convention européenne des droits de l’Homme, l’avocate a plaidé le droit à une appréciation de l’intérêt de telles publications au cas par cas, à « un équilibre entre le droit à l’information et droit des personnes ».

L’Association de la presse judiciaire, qui réunit les journalistes spécialisés dans les questions de justice, avait condamné « fermement » cette publication qui « torpille le travail de la presse judiciaire ». Eric Dupond-Moretti s’était pour sa part dit « scandalisé ». Jugement le 8 juin.