Canal+ un peu vert face à la montée d'Orange

Envoyée spéciale à Cannes, Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

— 

Qui aurait un jour imaginé que le décodeur regarderait d'un air courroucé le téléphone ? Depuis l'annonce, lundi, du lancement d'Orange cinéma séries, premier service mondial de télévision sur tous les écrans (télé, mobile, PC), Canal+ accuse le coup. « Orange a tombé le masque (...), il a reformé un petit TPS Star », ironisait hier dans Le Figaro Bertrand Méheut, PDG du groupe Canal+, qui appelait à de nouvelles règles de concurrence. En un rien de temps, l'opérateur est devenu son meilleur ennemi. La chaîne cryptée a déjà dû compter avec lui pour les droits du foot de la Ligue 1, Orange emportant trois lots, dont le match du samedi soir... Mais rien de comparable à la fusée de lundi.

Résumons : Orange s'est offert des droits du catalogue Warner Bros, Gaumont et HBO, chaîne de l'audace et des séries (« Sex and the City », « Rome »). Et elle lancera à l'automne un bouquet de cinq chaînes, plus une dupliquée en HD. Les Echos ont parlé de chaînes « Action », « Famille »... Voire, histoire de faire suffoquer encore plus la chaîne cryptée, un film X par semaine. Des informations qu'Orange se refuse aujourd'hui à confirmer ou à infirmer, préférant jouer l'apaisement. « Dupliquer ce que fait Canal n'aurait pas de sens, souligne Patricia Langrand, directrice de la division contenus. L'âme d'Orange, c'est d'être un opérateur télécoms qui offre des services forts à ses abonnés. » Le fait que Canal soit bousculé n'est d'ailleurs pas pour déplaire à certains acteurs. « Ils ont été en monopole depuis la fusion avec TPS, ont imposé leurs conditions aux fournisseurs. L'arrivée d'Orange va être un appel d'air. Cela peut même relancer la fiction française », imaginait hier un observateur.

En riposte, Canal+ souligne la force de sa ligne éditoriale, des émissions aux fictions françaises originales. Orange jure par la voix de son PDG, Didier Lombard, que son métier n'est pas « de produire lui-même ses contenus ». Il possède une entité dédiée à la coproduction, Studio 37, et reconnaît bien volontiers un souci d'« éditorialisation » de son offre. « Il y aura de la VOD, de la télé à la demande ou en linéaire. Quand on donne autant de choix au client, il faut l'aider ! », souligne Patricia Langrand. Dans le duel décodeur-téléphone, mieux vaut avoir un coup d'avance.