Le «média bashing» en hausse depuis la présidentielle, selon un rapport

JOURNALISME L’Observatoire de la déontologie du journalisme souligne la multiplication des procédures bâillons et une fréquente confusion entre « les faits et les opinions »…

20 Minutes avec AFP

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Les journalistes pendant le congres de refondation du Front National
Les journalistes pendant le congres de refondation du Front National — SARAH ALCALAY

Des journalistes déclarés persona non grata, des plaintes tous azimuts et un «média bashing» (dénigrement des médias) qui se répand :  un rapport publié ce jeudi déplore une multiplication des incidents entre la classe politique et la presse depuis la dernière élection présidentielle.

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Le rapport annuel de l'Observatoire de la déontologie du journalisme (ODI), présenté jeudi aux Assises du journalisme à Tours, relève que cette élection « a été émaillée d’incidents entre hommes politiques et journalistes, les premiers cherchant de plus en plus à se passer des seconds pour diffuser leurs messages formatés à leur seule convenance, ou se livrant à un media bashing pour se dégager d’informations les mettant en cause ou ne leur convenant pas, au risque d’affaiblir la démocratie dont la liberté d’informer et d’être informé est un des piliers ».

François Fillon et Marine Le Pen visés

L’organisme qui réunit des particuliers, des professionnels et des médias, évoque notamment la décision du FN durant la campagne de priver certains journalistes d’accès à ses événements, ou de leur interdire d’interviewer les militants lors d’un meeting.

L’ODI, qui rappelle les multiples attaques de Marine Le Pen contre les médias, souligne que le media bashing a aussi été le fait d’autres formations politiques, remarquant par exemple que « des journalistes ont été hués lors de réunions de François Fillon. Certains ont failli être molestés. D’autres ont reçu des menaces de mort », sans que le candidat LR condamne ces faits.

Multiplication des « procédures-bâillons »

L’Observatoire se penche aussi sur le phénomène des procédures-bâillons, et relève les nombreuses « plaintes et menaces de plaintes (…) déposées ou annoncées pour tenter d’intimider des journalistes jugés trop curieux », notamment de la part d’entreprises comme le groupe Bolloré ou le géant laitier Lactalis, mais aussi, fait nouveau, de la part « du gouvernement et de l’Elysée ».

L’étude ne dédouane pas pour autant la presse, notant globalement « un relâchement de la rigueur sous l’influence de débats publics virulents et très polarisés » et une fréquente confusion entre « les faits et les opinions », ainsi qu’entre « animateur, chroniqueur invité et journaliste », ce qui contribue, note l’ODI, à « nourrir l’accusation de parti pris systématique, de mensonges, de manipulation portée contre les médias ».

Pour changer les choses, les auteurs du rapport préconisent l’instauration d’une instance indépendante et tripartite composée de journalistes, d’entreprises de presse et du grand public, chargée de veiller au respect de la déontologie. Une proposition qui est loin de faire l’unanimité dans la profession bien que 30 des 47 pays membres du Conseil de l'Europe soient déjà dotés d’une telle instance.