«Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes», déplore le «National Geographic»

MEDIAS Dans son éditorial du numéro d’avril, Susan Goldberg, la rédactrice en chef de l’édition américaine du magazine explique pourquoi le magazine doit faire son « examen de conscience »…

F.R.

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Capture d'écran de la version française du site «National Geographic».
Capture d'écran de la version française du site «National Geographic». — Capture d'écran http://www.nationalgeographic.fr

« Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes. Pour surmonter ce passé, nous devons le reconnaître. » Dans son éditorial du numéro d’avril de l’édition américaine de National Geographic, la rédactrice en chef Susan Goldberg affirme que le magazine doit faire son « examen de conscience ».

Alors que le mensuel évoque la question raciale dans sa dernière parution, il a été demandé à l’historien John Edwin Mason de replonger dans les cent trente années d’archives du National Geographic, créé en 1888. Il en a dressé le constat que, contrairement à d’autres titres comme Life, ce magazine « n’a fait aucun effort pour éviter les stéréotypes de la culture blanche occidentale ».

« Dans les années 1970, National Geographic ignorait complètement les personnes de couleur qui vivaient aux Etats-Unis, ne leur reconnaissant que rarement un statut, le plus souvent celui d’ouvriers ou de domestiques. Parallèlement à cela, le magazine dépeignait avec force reportages les "natifs" d’autres pays comme des personnages exotiques, souvent dénudés, chasseurs-cueilleurs, sorte de « sauvages anoblis », tout ce qu’il y a de plus cliché », écrit Susan Goldberg.

« Un magazine peut ouvrir les yeux des gens en même temps qu’il les ferme »

L’historien a comparé deux reportages réalisés en Afrique du Sud. Le premier, publié en 1962, deux ans et demi après le massacre à Sharpeville de soixante-neuf Sud-Africains noirs par la police. « Aucune voix de Sud-Africains Noirs ne s’élève dans l’article. Cette absence est aussi signifiante que tous les mots imprimés, souligne John Edwin Mason. Les seuls Noirs représentés dans le magazine sont des personnages se produisant dans des danses exotiques… ou alors des domestiques ou des ouvriers. C’est étrange, en fait, de considérer ce que les rédacteurs à l’époque souhaitaient montrer, consciemment ou non. » Le deuxième reportage, réalisé en 1977, « n’est pas parfait, mais l’auteur reconnaît l’oppression, nuance l’expert. Les Noirs sont photographiés. Leurs opposants le sont aussi. C’est un article très différent. »

« Si je parlais à mes étudiants de la période qui a précédé les années 1960, je dirais : "Faites attention à ce que vous pensez apprendre ici », note John Edwin Mason. Et en même temps, il faut reconnaître à National Geographic d’avoir pu durant cette période faire découvrir aux gens des choses que nous n’avions jamais vues auparavant. Il est possible de dire qu’un magazine peut ouvrir les yeux des gens en même temps qu’il les ferme. »

Avant de conclure son éditorial, Susan Goldberg rappelle que « Dans deux ans, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, moins d’un enfant sur deux sera Blanc. Il est sans doute temps de parler des conflits basés sur l’idée erronée de "races". D’essayer de comprendre pourquoi nous continuons à distinguer les Hommes et à construire des communautés inclusives. D’analyser le recours politique actuel aux logiques éhontément racistes et de prouver que nous valons mieux que cela. »