Une vingtaine de médias et des journalistes dénoncent les pressions de Vincent Bolloré

TRIBUNE De nombreuses rédactions et journalistes ont signé une tribune ce mercredi pour dénoncer les méthodes de Vincent Bolloré, accusé de faire pression sur les médias...

Anne Demoulin

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Vincent Bolloré, le patron de Vivendi
Vincent Bolloré, le patron de Vivendi — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Alors que s’ouvre un procès contre trois journaux (Mediapart, L’Obs, Le Point) et les ONG Sherpa et ReAct, des journalistes et des rédactions ont signé ce mercredi une tribune afin de dénoncer les méthodes de Vincent Bolloré et de son groupe, accusés de faire pression sur les médias qui enquêtent sur les activités africaines de l’homme d’affaires contrôlant Vivendi. Le groupe Bolloré et son partenaire commercial, la holding luxembourgeoise Socfin, ont ainsi lancé une vingtaine de procédures en diffamation contre des médias, des journalistes et des organisations indépendantes depuis une dizaine d’années. La tribune titrée « Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas ! » a été publiée sur plusieurs sites dont celui de l’association Sherpa.

« Ces poursuites judiciaires s’apparentent à des “poursuites-bâillons” »

« Au vu de leur ampleur, nous estimons que ces poursuites judiciaires s’apparentent à des “poursuites-bâillons”. Ces procédures lancées par des grandes entreprises multinationales sont en train de devenir la norme », déplorent les signataires.

« D’autres types d’entraves à la liberté de la presse »

« Le groupe Bolloré en a fait une mesure de rétorsion quasi-automatique dès lors que sont évoquées publiquement ses activités africaines », expliquent-ils, ajoutant que « ces attaques en justice contre les journalistes » viennent s’ajouter à « d’autres types d’entraves à la liberté de la presse dont est désormais coutumier le groupe Bolloré. »

Le texte rappelle ainsi qu’en 2014, l’agence de communication Havas, dirigée par Yannick Bolloré, a tenté de « supprimer plus de 7 millions d’euros de publicité au journal Le Monde », a la suite d’« une enquête sur les activités de Vincent Bolloré en Côte d’Ivoire ». « Sans oublier la déprogrammation ou la censure de plusieurs documentaires que Canal + (groupe Vivendi) devait diffuser », poursuivent les signataires.

« L’intérêt général et la liberté d’expression qui sont ainsi directement attaqués »

« Ces poursuites systématiques visent à faire pression, à fragiliser financièrement, à isoler tout journaliste, lanceur d’alerte ou organisation qui mettrait en lumière les activités et pratiques contestables de géants économiques comme le groupe Bolloré », fustigent-ils.

Objectif du PDG Breton ? « Les dissuader d’enquêter et les réduire au silence, pour que le “secret des affaires”, quand celles-ci ont des conséquences potentiellement néfastes, demeure bien gardé », indiquent les signataires.

Les auteurs de la tribune estiment que « c’est l’intérêt général et la liberté d’expression qui sont ainsi directement attaqués »

Et de conclure : « Informer n’est pas un délit ! On ne se taira pas ! »

Les signataires de cette tribune sont :

Jean-Pierre Canet (journaliste), Benoît Collombat (journaliste, Radio France), Nadia Djabali (journaliste), Samuel Forey (journaliste, prix Albert Londres 2017, L’Ebdo), Raphaël Garrigos (journaliste, Les Jours), Simon Gouin (journaliste, Bastamag), Maureen Grisot (journaliste), Elodie Guéguen (journaliste, Radio France), Pierre Haski (journaliste, Rue 89), Thomas Horeau (journaliste, France 2), Dan Israel (journaliste, Mediapart), Erik Kervellec (directeur de la rédaction, franceinfo), Geoffrey Le Guilcher (Les Inrocks), John-Paul Lepers (journaliste, La Télé Libre), Julien Lusson (ancien directeur de publication, Bastamag), Jacques Monin (journaliste, Radio France), Jean-Baptiste Naudet (journaliste, L’Obs), Nicolas Poincaré (journaliste, Europe 1), Martine Orange (journaliste, Mediapart), Fanny Pigeaud (journaliste), Matthieu Rénier (journaliste, prix Albert Londres 2017, France 2), Isabelle Ricq (photographe), Jean-Baptiste Rivoire (journaliste, Canal +), Isabelle Roberts (journaliste, Les Jours), Agnès Rousseaux (journaliste, Bastamag), Ivan du Roy (journaliste, Bastamag), David Servenay (journaliste), David Thomson (journaliste, Prix Albert Londres 2017, RFI), Nicolas Vescovacci (journaliste), Tristan Waleckx (journaliste, prix Albert Londres 2017, France 2).

Les médias et organisations qui soutiennent cette tribune sont :

Abaca Press, ActionAid France, Alternatives économiques, Association de la presse judiciaire, Attac France, Bastamag, Bondy Blog, collectif Informer n’est pas un délit, collectif On ne se taira pas, collectif des associations citoyennes, Crid, France Libertés, Grain, Greenpeace France, Les Jours, Mediapart, Prix Albert Londres, Ritimo, Sherpa, Survie, ReAct, Reporters sans frontières, La Télé Libre, Union syndicale Solidaires, AFP, BFMTV, Challenges, Les Echos, Europe 1, L’Express, France 2, France 3, Le Monde, L’Humanité, Libération, L’Obs, M6, Le Point, Premières Lignes, Radio France, RTL, RMC, Télérama, TF1, TV5Monde, La Vie.