Le Média, L’ebdo, Loopsider… J’ai essayé de m’informer une semaine avec les nouveaux médias

INFO Ces dernières semaines, de nouveaux médias ont fait leur apparition dans les kiosques ou sur le web. Mais en quoi se démarquent-ils de ceux qui existent déjà ?

Emma Ferrand

— 

Plusieurs nouveaux médias se sont lancés en janvier 2018
Plusieurs nouveaux médias se sont lancés en janvier 2018 — O.Juszczak / 20 Minutes

Mediapart, Les Jours ou encore Brut ont déjà pris un sacré coup de vieux. Ces dernières semaines, plusieurs nouveaux médias ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux ou dans les kiosques. Jeune journaliste, j’ai été bercée par RTL qui m’accompagne chaque matin. Pendant la journée, ce sont habituellement les applis mobile du Figaro ou du Monde qui m’alertent d’une nouvelle info. Et surtout, pour bien finir la journée, je me prélasse dans mon canapé devant le JT de France 2. Mais pendant cinq jours, j’ai testé une nouvelle presse ambitieuse.

Plusieurs nouveaux médias se sont lancés en janvier 2018
Plusieurs nouveaux médias se sont lancés en janvier 2018 - E.Ferrand / 20 Minutes

 

>> A lire aussi : Comment les « socios », ceux qui financent « Le Média », ont-ils été séduits ?

Lundi, 20 heures

J’attends avec impatience le premier journal du Média, ce nouveau site monté par des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Je poireaute pendant presque cinq minutes avant que le générique soit lancé. Ça y est ! « Nous sommes le 15 janvier 2018. Le “20 heures” s’est échappé de la télé, vous regardez le tout premier journal du Média », lance la présentatrice Aude Rossigneux. Très vite, les premiers couacs techniques font irruption. Du texte qui s’entremêle avec le logo de la rubrique, on n’arrive pas à lire qui est qui sur l’écran. A la fin d’un reportage, la présentatrice touche une chroniqueuse, pour lui signaler que c’est à son tour de parler. Grillée !

Pour ce qui est des caméras, aïe aïe aïe le gros plan de profil… On voit immédiatement que la présentatrice lit un prompteur, cela paraît moins naturel, et gênant. Ce qui coince aussi pour cette première, c’est le manque de reportages. Avec un seul intervenant, on a du mal à se faire un avis. Mais au-delà de ça, pour le peu de reportages proposés, la plupart sont mal coupés à la fin. A plusieurs reprises, j’ai pensé une fraction de seconde que mon ordinateur buguait. Pour une première, je ne suis pas convaincue. 

Mardi, 9h30

Rien de tel pour commencer la journée qu’un bon bol d’actualités. Plutôt que d’aller visionner deux-trois vidéos Brut, je décide de surfer sur le compte Facebook de Loopsider, un tout nouveau média qui propose, peu ou prou, le même format. C’est court, c’est clair, c’est chouette. Surtout, je tombe sur des vidéos aux sujets originaux. Robert de Niro qui insulte Donald Trump, Ikea qui propose des pubs où l’on urine dessus, des crocodiles gelés dans un lac… C'est pas très sérieux mais ça se laisse regarder. 

Mardi, 15 heures. Un collègue de la rédaction me prête son exemplaire du nouveau magazine, L'Ebdo. Ma première impression : « Il est tout petit ! » Encore plus petit qu'un 20 Minutes... La couverture ne m’attire pas vraiment. Rouge, avec un train de la SNCF. J’ai vaguement l’impression d’avoir dans les mains une revue immobilière. Au dos, une seconde couverture. « Tiens, ce n’est pas banal », me dis-je. Avant de me plonger dans la lecture, je feuillette rapidement les pages pour remarquer une absence : aucune pub ! Et là, je le confesse, j’ai l’impression que le magazine qui m’attend est un roman, un bloc, une brique, sans aération. Mais bien vite, au bout de quelques pages, la lecture s'avère très agréable. Les rubriques sont diverses (il y a même des caricatures, une BD et plusieurs pages de jeux), la taille des papiers aussi. Finalement, je crois que je vais l’emporter chez moi.

Mercredi, 14 heures

La pause midi terminée, je m’accorde encore quelques minutes sur le net. Sur le compte Twitter de Loopsider, je repère rapidement un conflit avec les internautes qui date de quelques jours. Le community manager qui gère la page a reçu des insultes et se défend, plutôt que de laisser couler. Pas commode visiblement ! Je regarde aussi les deux nouvelles vidéos du jour.

 

>> A lire aussi : Pourquoi les journalistes femmes n’accèdent-elles pas aux postes de direction ?

Jeudi, 11 heures

Oups ! J’ai raté le journal du Média hier, trop plongée dans le premier numéro de L’Ebdo. C’est le moment de tester le replay. Aucun problème pour me connecter cette fois-ci, je m’affale dans mon siège de bureau et regarde. Pour illustrer sa chronique, un journaliste s’appuie sur une cartographie, animée et bien détaillée. Malgré tout, je n’arrive toujours pas à m’habituer au tutoiement sur le plateau. J’ai l’impression que la barrière du professionnalisme se rompt. Ils sont tous copains là-dedans ? Les minutes passent, une nouvelle chronique arrive. Mais, attendez… c’est le même journaliste que tout à l’heure. A la fin de l’émission, un de ses collègues nous parle maintenant de la grande coalition allemande. Et pour illustrer ses propos, qui voilà ? Jean-Luc Mélenchon.

Jeudi, 16 heures. Entre deux articles, je découvre sur Twitter encore un média qui se présente sous la forme de vidéos courtes, comme Brut. Celui-ci, c’est AJ+ français, le dernier petit frère d' Al Jazeera, la chaîne de télévision du Qatar. Le montage est bien fait, et leurs infos internationales, peu relayées sur les médias traditionnels, rendent le contenu original.

Vendredi, midi

Mon collègue me transmet le nouveau numéro de L’Ebdo. Comme Le Média, ce journal reçoit uniquement des subventions de la part de ses lecteurs, et une double page invite à participer, en donnant entre 5 et 20 euros par mois. A la fin du magazine, je remarque la présence d’une page blanche... Ils n'avaient plus d'idées d'articles pour combler ? Un sujet a été annulé à la dernière minute ? C'est une invitation à la méditation dans un monde saturé d'infos en temps réel ? Non, rien de cela. C’était la même chose dans le numéro précédent, il s'agit d'une page destinée à mes notes personnelles. Je glisse le magazine au petit format sous mon bras, et pars déjeuner.

A table, entre journalistes de 20 Minutes, ça débat des audiences d'Europe 1, du positionnement de Russia Today France et du nombre de femmes dans les rédactions en chef. 

Le verdict

Vendredi, 18 heures. La fin de la journée approche. Après avoir passé une semaine à m’informer avec ces médias, plusieurs constats ressortent. Je ne me sens pas complètement informée. L’Ebdo couvre l’actualité de la semaine, et propose donc des reportages qui n’ont parfois pas de rapport avec les événements des derniers jours. Pour autant, c’est un bon magazine. AJ + et Loopsider proposent à la fois des vidéos sur des événements de la journée, mais parfois sur des infos insolites. Je passe souvent à côté des fondamentaux. Quant au Média, ce qui me gêne, c’est cette subjectivité trop présente. Comme dirait Jean-Michel Aphatie, journaliste sur France Info : « Le journalisme, ce n’est pas l’objectivité, c’est la maîtrise de la subjectivité. » A force de trop percevoir l’avis de la rédaction et des invités, j’ai l’impression qu’on essaye de m’inculquer une idée bien précise sur certains faits. J’ai besoin d’avoir une information plus transparente, et de guider mon opinion seule.

Si toutes les grosses informations ne sont pas traitées, ces nouveaux médias proposent un contenu non moins intéressant, et parfois plus original qu’ailleurs.

>> A lire aussi : «20 Minutes» est (encore, pour toujours?) le média en ligne le plus consulté

 

Mots-clés :