Ne cachez plus cette précarité que je sais enfin voir

Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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Marché de misère. Ce soir, la chaîne Planète propose deux docus, Les pauvres, une clientèle de choix et Etats-Unis : les pauvres, marché rentable. De quoi susciter l'intérêt. Les docus sur le low-cost, la précarité ou le pouvoir d'achat racorni réalisent en effet depuis quelques mois des audiences surprenantes. Je travaille mais je suis pauvre, de Pascal Catuogno, sur Canal+ le 3 mars, a été vu par 400 000 personnes, une moyenne haute pour la case. Sur France 2, En mal de toit, de Richard Puech et Sarah Lebas, a réalisé le 28 février la troisième meilleure audience de la case depuis 2005 (21,8 % de parts de marché). Côté magazines, « Ils font bouger la France » de Béatrice Schönberg, abonné à des audiences si rases qu'elles auraient fait rigoler une moquette, a décollé avec un sujet sur le low-cost.

La pauvreté ordinaire, la vie trop chiche pour être sereine se regarderaient-elles désormais au fond des yeux ? Richard Puech (En mal de toit) note : « Les chaînes ne nous disent plus forcément que ce sont des sujets anxiogènes. La crainte de la précarité s'étend aux classes moyennes, et le public s'identifie. »

Pascal Catuogno (Je travaille donc je suis pauvre) confirme : « Les gens ont peur du déclassement, cherchent à comprendre, à en savoir plus. » Et les médias embrayent, comme le constate l'institut TNS-MI, avec son unité de bruit médiatique. En janvier et février, les sujets sociaux occupaient un bon tiers du Top 20. En première place, la santé, puis l'emploi (7e), les mouvements sociaux (8e), le pouvoir d'achat (10e), le logement (14e), la pauvreté (17e)... Mais si la vie dure ne se cache plus dans un coin reculé de la lucarne, l'ambiguïté n'est pas forcément absente. « Dans l'opinion publique se creuse un écart entre le "pauvre méritant" qui travaille, et celui, très stigmatisé, qui vit de l'assistance », note le sociologue Serge Paugam, auteur du Salarié de la précarité (PUF).

Sans savoir, ou accepter de voir, que l'on passe souvent d'une catégorie à l'autre.