«La Voix du Nord» met fin à la relecture des papiers par les interviewés (politiques)

PRATIQUES Le personnel politique «impose» pour la presse écrite la relecture des interviews avant parution «depuis des décennies»...

L.B. avec AFP

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La Une de la Voix du Nord, le 8 septembre 2014
La Une de la Voix du Nord, le 8 septembre 2014 — DENIS CHARLET AFP

Le quotidien La Voix du Nord a décidé de mettre fin à la pratique de relecture des papiers par les personnalités interrogées, annonce son rédacteur en chef, Patrick Jankielewicz, dans un éditorial publié lundi.

Le personnel politique « impose » pour la presse écrite la relecture des interviews avant parution « depuis des décennies. Pour la deuxième fois en trois mois, Emmanuel Macron a ainsi refusé une interview à La Voix du Nord avant un déplacement dans la région, ce qui est son droit. À la place, on nous a proposé d’interroger Gérard Collomb, sous réserve qu’il puisse relire et corriger le texte avant publication », explique Patrick Jankielewicz.

« Un texte totalement "caviardé" »

« Jusque-là, comme la quasi-totalité de nos confrères, nous acceptions cette relecture sous prétexte que la parole d’un ministre a quasiment force de loi. Mais si certains des interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart. Dernièrement, on nous a renvoyé un texte totalement "caviardé", coupant des réponses qui avaient été faites et ajoutant des questions qui n’avaient pas été posées ! », raconte-t-il.

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« La pratique de l’interview nécessite qu’on bouscule un peu les intéressés sans les piéger. La spontanéité de leurs réponses est un élément important. À quoi bon publier des propos polis, lissés, rabotés, aseptisés par des communicants ? » interroge le rédacteur en chef du journal.

« Nous mettons donc fin aujourd’hui à cette pratique »

« Nous mettons donc fin aujourd’hui à cette pratique » de relecture, annonce-t-il. Et le journaliste d’ajouter que cela « conduira à enregistrer les entretiens et à les restituer fidèlement dans leur contexte ».

Sans préciser si cette décision a été discutée avec d’autres journaux, le rédacteur en chef assume les conséquences : « Nous avons bien conscience que vous trouverez désormais moins d’interviews de personnalités politiques dans ces pages et sur nos sites mais nous pensons devoir cette indépendance aux lecteurs qui nous font confiance. »