La liberté sur le Web doit se passer de l'Unesco

Raphaëlle Baillot - ©2008 20 minutes

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Militer pour la liberté d'expression sur Internet, oui, mais seulement s'il ne faut pas taper sur les Etats qui la bafouent. Hier, la première Journée de la liberté sur Internet, organisée par Reporters sans frontières (RSF), a dû se passer du prestigieux soutien de l'Unesco. L'agence pour l'éducation, la science et la culture des Nations Unies a retiré lundi soir son patronage de la manifestation, pourtant promis le 22 février dernier.

Comment expliquer cette reculade ? « Cette journée s'accorde toujours dans son principe avec notre mission de protection de la liberté de la presse, et RSF reste un de nos partenaires, explique Saturnino Muñoz Gomez, porte-parole de l'Unesco. Mais nous avons découvert lundi que l'association utilisait notre logo au-dessus de textes que nous n'avions pas écrits, et avec lesquels nous ne pouvons nous accorder ».

En fait, c'est une liste de quinze Etats « ennemis d'Internet », publiée sur le site de RSF lundi soir, qui a mis l'Unesco en porte-à-faux... car ces pays - la Chine, la Corée du Nord, Cuba ou la Tunisie - sont membres de l'agence internationale. « Nous sommes sûrs à 100 % que des représentants de quatre de ces Etats censeurs se sont plaints à la direction générale de l'Unesco, et cela ne nous étonne guère, déplore Robert Ménard, secrétaire général de RSF. Ce qui est déplorable en revanche, c'est que l'Unesco se soit lâchement déculottée. Bonjour le courage ! »

Le retrait du parrainage est en tout cas une mauvaise nouvelle pour les cyberdissidents, car RSF espérait beaucoup de l'agence des Nations unies. « Il y a quinze ans, on était isolés quand on a lancé la journée pour la liberté de la presse, mais le soutien de l'Unesco a amené celui de l'ONU, qui agit concrètement pour la libération de journalistes tous les ans à cette date anniversaire, poursuit Robert Ménard. J'espérais le même destin pour notre journée pour la liberté sur Internet. » Aujourd'hui, plus de 60 cyberdissidents sont emprisonnés à travers le monde. Le site de RSF * a lancé une nouvelle version du « guide pratique du blogueur », qui donne des astuces techniques pour contourner la censure.