Marc Voinchet, le directeur de France Musique: «C’est notre rôle de repérer les jeunes motivés»

INTERVIEW A l'occasion des Radio Notes, «20 Minutes» est allé voir qui se cachait derrière le rajeunissement de France Musique...

Propos recueillis par Claire Barrois

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Christophe Chassol, Julie Depardieu, Aliette de Laleu, Suzanne Gervais, Antoine Pecqueur et Roselyne Bachelot, chroniqueurs à France Musique.
Christophe Chassol, Julie Depardieu, Aliette de Laleu, Suzanne Gervais, Antoine Pecqueur et Roselyne Bachelot, chroniqueurs à France Musique. — Radio France / Christophe Abramowitz

Fini le blabla, place à la musique. Marc Voinchet, le directeur de France Musique, a décidé de prendre au pied de la lettre les critiques des détracteurs pour apposer sa patte à la radio dont il a pris les commandes en septembre 2015. Et les résultats se voient sur les audiences, qui ont progressé, et s’entendent sur l’antenne, qui a rajeuni. « Il fallait refaire de la radio sur France Musique », estime son directeur, et il explique comment il s’y est pris.

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Vous avez pris la tête de France Musique en 2015. Le rajeunissement de l’antenne était-il dans le cahier des charges ?

En arrivant, j’ai constaté que la chaîne était faite par plein de gens très jeunes, qu’il y avait beaucoup de trentenaires. Je trouvais ça con que ça ne se sache pas. J’avais des ressources, de nombreux journalistes et producteurs qui ont entre 25 et 40 ans. Ce sont des vrais bons pros au taquet. On a remis du mouvement sur cette chaîne.

J’ai très vite repéré le talent d’Aliette de Laleu, qui peut faire du micro, du papier et des vues sur YouTube. Son image renseigne sur la station. J’ai entendu Clément Rochefort pour la première fois alors qu’il en était à son troisième jour de matinale, je l’ai trouvé génial et je l’ai gardé. Nathalie Piolé avait une heure de jazz perdue le dimanche matin, je lui ai donné une heure d’émission quotidienne, de 19h à 20h, du lundi au vendredi. Christophe Chassol est un vrai musicien et musicologue. Il explique les œuvres avec précision, mais en chantant et en sifflant. Il rend la musique vivante et accessible. Julie Depardieu parle du plaisir qu’elle ressent en écoutant de la musique. C’est à la fois génial à la radio et en vidéo. Elle ouvre une petite porte vers la musique classique pour ceux qui ne la connaissaient pas du tout.

Comment avez-vous identifié les besoins de la station à votre arrivée ?

J’ai eu la chance d’arriver en septembre 2015 avec une grille déjà faite, j’avais donc un an pour l’étudier et la repenser. Le 13 novembre, on vivait tous les attentats de Paris. Comme tout le monde, j’ai été horrifié par les événements. Et en tant que patron d’une radio musicale, je me suis dit que ça allait être la catastrophe, que tous les auditeurs iraient écouter des chaînes d’informations pour se tenir au courant de l’évolution des événements et qu’on n’aurait pas d’auditeurs. Et puis, très vite, j’ai compris qu’on devait être le break dans le flux d’informations horribles.

Le vendredi soir, quand j’ai compris la violence des événements, je me suis dit qu’on ne pouvait pas diffuser nos programmes comme si de rien n’était le week-end suivant. J’ai demandé à tous les producteurs d’être en direct pour remettre du contexte. On pouvait passer un morceau joyeux, mais à condition de le présenter correctement. Le samedi matin, on a diffusé Bataclan, une opérette d’Offenbach qui avait inspiré le nom de la salle. J’avais donné trois mots d’ordre : réconfort, deuil et délicatesse.

Il fallait que France Info et France Inter soient le recto, et nous le verso. C’était une bonne décision. J’ai vu des mails arriver qui disaient : « Vous nous faites du bien ». De mon côté, je me suis dit que l’antenne était vachement bonne. Après coup, j’ai compris que si on était capable d’être bons tout un week-end, on pouvait l’être le reste du temps. Ce week-end m’a aidé à mieux voir ce qu’il fallait faire.

Comment cela s’est-il traduit dans la grille ?

Les études ont montré que quand on mettait France Musique, on voulait entendre de la musique. J’ai voulu faire une grille Mondrian [avec des plages colorées bien marquées] pour identifier les tranches de paroles (le matin, pendant la pause déjeuner et un peu le soir) et pour qu’on entende de la musique le reste du temps. Je voulais qu’on retrouve notre public, qu’on arrête de nous qualifier de « blablateurs ». Et la parole qu’on ne dit plus, on la retrouve sur notre site. Nous sommes devenus un média global qui repose sur trois pilliers : la radio, le site Internet et la vidéo. Nous créons des contenus adaptés aux usages.

N’avez-vous pas eu peur que les changements perdent les habitués ?

Ces changements montrent qu’on n’est pas hors du temps ni hors du monde. Au moment de la création de la chaîne, France Musique était considérée comme une université populaire de la connaissance et de l’érudition musicale. Avec l’avènement d’Internet et la démocratisation des savoirs, on ne nous attend plus pour ça. Il faut bien tenir compte des usages. Il fallait refaire de la radio avec des exigences et de la musique. On a adopté un ton léger. J’aurais aimé aller plus loin en reprenant les codes des radios populaires, comme RTL, que j’admire. C’est en réflexion.

Comment comptez-vous continuer à rajeunir l’antenne ?

Je suis assez actif sur les réseaux sociaux, et je regarde ce qui se fait chez les jeunes. Par exemple, j’aime beaucoup L’opéra et ses zouz, une chaîne YouTube sur laquelle une jeune fille fait des résumés d’opéras. C’est encore amateur, mais elle a beaucoup d’énergie et c’est intéressant. C’est notre rôle de montrer qu’on repère les jeunes motivés comme ça, voire de leur donner une petite place.

Quels sont vos autres projets ?

On va continuer à dire : Nous ne sommes pas sur un piédestal, nous ne faisons pas de l’entre soi. Notre radio est comme le spaghetti de La Belle et le Clochard, elle fait le lien. Il ne faut pas qu’on laisse tomber les mômes intimidés par la musique classique. Il faut qu’on aille les chercher. Je voudrais aussi créer un rendez-vous des amateurs. Cet été, on a lancé notre premier concours, on va continuer dans le même esprit en cherchant à s’améliorer, évidemment.

Nous nous posons aussi des questions sur la coédition. Nous avons beaucoup de contenus qu’on pourrait transposer en livres. Nous avons déjà fait un coffret de 4 CD dont nous sommes très fiers, qui rassemble les les disques de chevet de Frédéric Lodéon. J’imagine aussi créer un livre à partir des recettes musicales d’Alain Passard. Tous les samedis matins, il crée des plats en fonction de ce que lui inspire une œuvre donnée.