Favoritisme à l'INA: 18 mois avec sursis requis contre Mathieu Gallet

JUSTICE Le patron de Radio France a plaidé l'ignorance des règles sur les marchés publics...

20 Minutes avec AFP

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Le PDG de Radio France Mathieu Gallet en octobre 2014.
Le PDG de Radio France Mathieu Gallet en octobre 2014. — VINCENT WARTNER/SIPA

Des marchés publics litigieux, un dirigeant pour qui les règles étaient « totalement inconnues » : le procès pour « favoritisme » de l’ex-président de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) Mathieu Gallet a disséqué la gestion de cet établissement public.

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Après onze heures d’audience, le parquet de Créteil a réclamé dans la nuit de jeudi à vendredi 18 mois de prison avec sursis et 40.000 euros d’amende à l’encontre de l’actuel président de Radio France, qui a dirigé l’INA entre 2010 et 2014. Le haut fonctionnaire est soupçonné d’avoir « favorisé » certaines sociétés de conseil, auxquelles l’établissement public a versé plus de 400.000 euros.

Le tribunal correctionnel a notamment tenté de comprendre le rôle de Denis Pingaud, un professionnel de l’audiovisuel engagé par Mathieu Gallet comme « conseiller externe », pour la communication de l’INA. L’ancien patron a insisté sur les « compétences rares » de ce conseiller « couteau suisse » : capable d’écrire ses discours, de travailler à la refonte du site internet de l’INA ou d’organiser des rachats de fonds audiovisuels grâce à son carnet d’adresses. Tout cela avec un « oeil extérieur » sur la stratégie de l’entreprise.

130.000 euros pour un conseiller

Rémunéré 5.000 euros par mois, Denis Pingaud a ainsi perçu au total 130.000 euros hors taxes, facturés par une société qu’il dirigeait : Balises. Pourquoi alors ne pas l’avoir mis en concurrence, puisque cette somme dépassait le seuil obligeant l’INA à respecter les règles des marchés publics ?

« Avant mon arrivée à l’INA, je n’avais jamais été confronté à ces questions de marché public », s’est défendu Mathieu Gallet. « C’était quelque chose qui m’était totalement inconnu », a-t-il poursuivi, en avouant s’être « reposé sur les équipes en place », qui ne lui ont pas transmis de « signaux d’alerte » sur la nécessité de mettre son conseiller en concurrence.

Denis Pingaud aurait plutôt servi de « coach personnel » à Mathieu Gallet, financé « avec de l’argent public », notamment pour lancer sa candidature à la direction de Radio France, a accusé la procureure Amélie Cladière. « Laisser accroire que Denis Pingaud a fait ma candidature pour Radio France, c’est au minimum insultant, au pire diffamatoire », a répondu Gallet. Le tribunal rendra son jugement le 15 janvier.