« The War », un autre côté de la guerre mondiale

Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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Tu n'as rien vu à Iwo Jima (Japon). Ni à Mobile, en Alabama (Etats-Unis)... Alors que la Seconde Guerre mondiale semble explorée à longueur de grilles et de livres, The War*, documentaire de Ken Burns et Lynn Novick, ce soir sur Arte, en livre une vision nouvelle, issue d'autres rivages. C'est le récit minuscule et grandiose des hommes, à la vie brinquebalée et charriée au gré des manoeuvres militaires. C'est une histoire très américaine qui, touchant au coeur de la réalité de la guerre, se fait parole univer­selle. « Au-delà de l'équilibre unique entre l'émotion et la distance, l'approche originale nous a séduits, détaille Emmanuel Suard, directeur des programmes adjoints d'Arte. Sur Arte, nous avons beaucoup traité de la Seconde Guerre mondiale, mais jamais de ce point de vue. Pour nous, les Etats-Unis, c'est 1944, le Débarquement en Nor­man­die. Pour eux, c'est une histoire qui commence et finit dans le Paci­fique. » Une vision d'autant plus inédite que, dans leur quête de l'image juste, les auteurs ont mis la main sur certaines archives en couleurs. Loin des visuels en noir et blanc qui signent le passé, le sang y coule d'un rouge écarlate.

Car si The War est la guerre que l'Europe méconnaît, elle est aussi celle dont l'Amérique a occulté les reliefs coupants et les zones d'ombres. « On disait ?the good war?, ?la bonne guer­re?, s'émeut Lynn No­vick, la coréalisatrice. Les expériences traumatisantes vécues par les vétérans n'étaient pas entendables par la société. Et puis, à l'arrière, on était sur une autre planète, loin des combats. » Elle a passé deux ans et rencontré 500 personnes pour extraire les non-dits et les silences, se faire le médium d'une histoire enfin commune entre les générations. L'historien spécialiste des Etats-Unis André Kaspi confirme : « Les Américains ont une vision héroïque de la guerre, il ne pouvait pas y avoir de demi-héros exprimant des traumatismes, des actes qu'ils n'assumaient pas. Et puis, sans télévision, les événements n'étaient pas perçus dans l'instant. Pour­tant, cette guerre a été une épreuve pour les Etats-Unis : 450 000 hommes, souvent jeunes, y sont morts. » Des soldats, âgés alors de 16-17 ans, auxquels le documentaire s'attache pour retrouver les vérités intimes, longtemps recouvertes par les images reçues.