L'enquête internationale sur les 350 milliards d'euros cachés de la finance offshore a été publiée ce dimanche dans 96 médias.
L'enquête internationale sur les 350 milliards d'euros cachés de la finance offshore a été publiée ce dimanche dans 96 médias. — Closon/ISOPIX/SIPA

INVESTIGATION

«Paradise Papers»: Nom de code et messages chiffrés... On vous dévoile les coulisses de l’enquête mondiale

L’enquête qui a montré comment des milliards de dollars continuent d’échapper à l’impôt a nécessité la coordination de 360 journalistes dans 70 pays dans le plus grand secret…

Une enquête menée en toute discrétion. Pour aboutir aux révélations des Paradise Papers, 360 journalistes du monde entier ont épluché quelque 13,5 millions de documents, dont 6,8 millions issus d’un cabinet d’avocats spécialisé dans la finance offshore Appleby, basé aux Bermudes, 566.000 documents internes du cabinet  Asiaciti Trust, installé à Singapour et 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux.

Comme pour les Panama Papers, une source anonyme a transmis ces millions de fichiers au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. 20 Minutes vous explique les coulisses de l’enquête qui a révélé comment des milliards de dollars continuent d’échapper à l’impôt.

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Sécurité renforcée dans les échanges

Face à l’énorme quantité des données à décrypter, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a fait appel, comme pour les Panama Papers, vers l’ICIJ (le consortium international des journalistes d’investigation) et son réseau de journalistes. « Vous imaginez bien que lorsque quelque 400 journalistes issus de 96 médias répartis dans près de 70 pays mènent ce type d’enquête, la sécurité est draconienne. Nous avons mis en place toute une série de modus operandi », explique Benoît Collombat, grand reporter de France Inter, qui a participé à l’investigation.

« La confidentialité doit être absolue. Ma propre famille ignorait sur quoi je travaillais », lance le journaliste. Les échanges entre les journalistes menant l’enquête observent également de strictes règles de sécurité. « Nous avons utilisé des messageries et des mails chiffrés. Nous avons limité au maximum les conversations téléphoniques et lors de ces conversations, on ne rentrait jamais dans le détail. On utilisait d’ailleurs plutôt des systèmes de messagerie chiffrés plus sûrs comme Signal ou Whatsapp », raconte Benoît Collombat qui précise que « la sécurité garantie à 100 % dans ce genre d’enquête ça n’existe pas. La philosophie, c’est de pousser le curseur le plus haut possible en matière de sécurité ».

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« La première étape a consisté au décryptage et à l’analyse des données. Une fois que les personnes sont identifiées, il faut les contacter. Pour conserver le secret, il faut compartimenter. Il s’agit d’interroger chaque personne concernée par l’enquête séparément et précisément, juste sur la partie du puzzle qui la concerne », détaille le journaliste. Les personnes mises en cause par les Paradise Papers ont été contactées deux mois avant la publication. Pour mettre en commun leurs données, les journalistes d’investigation ont utilisé « une plateforme de données sécurisée pour échanger et mutualiser les infos ».

Une réunion « secrète » à Munich

Une centaine de journalistes travaillant sur les Paradise Papers s’est rendue à Munich dans les locaux du Süddeutsche Zeitung pour une grande réunion les 27 et 28 mars 2017. « Nous disposions d’éléments de langage qui nous étaient donnés si jamais le chauffeur de taxi qui se rend compte qu’il emmène beaucoup de clients au même endroit, à savoir le journal allemand Süddeutsche Zeitung en mars 2017 et qu’il nous pose des questions. On devait lui répondre qu’effectivement on allait à une réunion de l’ICIJ parce qu’il réfléchissait à la refonte de ses statuts, qu’il était en train de se réformer », se souvient Jacques Monin dans une vidéo  publiée par France Info.

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Lors de cette réunion, les journalistes et développeurs ont travaillé main dans la main pour améliorer la coordination, comme avec « la mise au point d’outils de data-visualisation » pour aider à l’exploitation des documents au format très divers (PDF, Word, Mails, Excel, etc.).

C’est également lors de cette rencontre, que les différents médias se sont mis d’accord pour déterminer de la date et heure unique de la publication. Alors que les Américains souhaitent publier au plus vite, les Français et les Allemands sont « bloqués » à cause des élections, selon France Info. La parution aura lieu le 5 novembre, juste après les élections fédérales en Allemagne.

Nom de code Athéna

Les journalistes ont échangé pendant plusieurs mois, de la fin mai jusqu’à la fin de l’été, sur leur plateforme sécurisée, afin de trouver un nom à l’enquête. Alors qu’entre eux, le nom de code du projet est Athéna, les journalistes choisissent de désigner leur immense besogne, « Paradise Papers » : « Il y avait une filiation avec les Panama Papers et comme pour cette enquête, le Süddeutsche Zeitung était à l’origine de l’opération », confie Benoît Collombat.

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Autre avantage du terme, il est compréhensible dans toutes les langues. Les journalistes se sont également mis d’accord sur une chronologie de parution des différentes histoires, avec la priorité donnée « aux gros clients d’Appleby et aux hommes politiques, notamment l’entourage de Donald Trump et du Premier ministre canadien Justin Trudeau », selon France Info. Les révélations devraient s’étaler sur plusieurs jours…