«TPMP» et les médias: «Cyril Hanouna ne supporte pas la critique»

INTERVIEW Cyril Hanouna a insulté des journalistes après que plusieurs médias ont évoqué la suspension de « Touche pas à mon poste » à la rentrée prochaine…

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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L'animateur Cyril Hanouna.
L'animateur Cyril Hanouna. — Pierre-Emmanuel Rastoin

Cyril Hanouna tape (encore) sur les journalistes. L’animateur vedette de C8 n’a vraiment pas aimé que plusieurs médias évoquent la suspension de Touche pas à mon poste alors qu’une nouvelle sanction doit tomber mi-juillet concernant l’affaire du canular jugé homophobe.

« Mes amours, TPMP sera de retour et l’émission sera plus forte que jamais ! Le 1er talk de France sera de retour, n’écoutez pas les abrutis qui écrivent n’imp », a-t-il posté ce dimanche soir sur son compte Twitter, avant d’ajouter : « Et les chéris, j’ai bien appuyé sur "1er talk de France" parce que ça vénère les abrutis qui écrivent des conneries. » L’homme est un habitué de la rhétorique anti-médias.

Virginie Spies, sémiologue qui se trouve derrière la chaîne YouTube Des médias presque parfaits, analyse pour 20 Minutes l’ambivalence de Cyril Hanouna vis-à-vis des journalistes.

Pourquoi Cyril Hanouna use et abuse de cette rhétorique anti-médias ?

On observe une dualité, c’est vrai. Touche pas à mon poste est une émission sur les médias, oui, mais elle veut surtout faire plaisir au public. Elle s’intéresse moins à l’analyse qu’à ce qui est censé plaire aux téléspectateurs et les animateurs reprennent cette logique : « J’ai aimé, je n’ai pas aimé. » On est sur l’émotion. Cyril Hanouna développe une rhétorique populiste : on est contre la bien-pensance des médias, on est du côté du peuple, des petits. « N’écoutez pas les autres, écoutez-moi. » Et ensuite, on distribue les bons points.

N’est-ce pas contradictoire de vouloir créer le buzz à tout prix et de reprocher aux médias d’en parler ?

C’est toute l’ambiguïté du système Cyril Hanouna. Il a besoin du public, mais il a compris l’importance des réseaux sociaux. Il fait intervenir son compte Twitter en pleine émission pour créer une pseudo-interaction, car tout le monde sait que l’émission est préparée en avance. Et il sait que pour faire le buzz, il faut des séquences courtes qui peuvent être découpées. En parallèle, il ne supporte pas la critique. Les émissions sur les médias ont du mal avec l’effet de miroir, c’est la limite du narcissisme, de l’exercice de la réflexivité télévisuelle [quand la télévision se prend elle-même pour objet].

Cette posture passe-t-elle nécessairement par une communication non-stop sur les réseaux sociaux ?

Twitter fait vraiment partie de son système. Dès qu’il se passe quelque chose, il passe par ce réseau social. C’est sa manière de travailler et de penser son programme. Et du coup, de contrecarrer ce qu’il doit contrecarrer. C’est très à la mode de taper sur les médias, de dire que la presse ment, ça s’est institutionnalisé avec la présidentielle. François Fillon s’en est servi, Donald Trump ne cesse de taper sur les médias. La critique est nécessaire, mais mettre tout le monde dans le même sac est dangereux. On arrive à créer le doute.

A quoi leur sert ce discours anti-médias ?

C’est un moyen de défense, car l’information va beaucoup plus vite qu’avant, c’est ce qui fait que les gens sont perdus. Une rumeur peut devenir une vérité avec Twitter et on a du mal à gérer ce nouvel aspect de l’information.