Dans les coulisses de NRJ

MIDEM A Cannes, la radio fait monter le buzz avant de décerner ses NRJ Music Awards...

A Cannes, David Carzon

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On dit souvent que le Marché international de la musique (Midem) de Cannes commence avec les NRJ Music Awards, le samedi. Ce n’est pas tout à fait vrai. La radio fait monter la sauce avec des émissions en direct d’un yacht amarré à La Croisette. Il y a aussi une sorte de «before» le vendredi soir, au Palais des Festivals pour un concert de chauffe réservé à plus de 3.000 auditeurs de NRJ. C’est à dire 3.000 fans acquis à la cause des Calogero, Martin Solveig ou autres Yelle invités.

Cette année, je décide d’aller voir ce qu’il se passe dans les coulisses de la radio. Mon principal problème, c’est que je ne connais pas la moitié des groupes qui passent au concert privé du vendredi soir. Au risque de passer pour un vieux con, moi, Cinema Bizarre, Leona Lewis ou Dan Kamit, ça me dit que dalle. Maintenant, je sais.

Avec ma bière à la main, et le bedon qui va avec

Il est 20 heures, j’attrape mes pass et je me retrouve derrière la scène installée sur la terrasse du Palais des Festivals. Le concert a du retard et le DJ chauffe l’ambiance, même si rien que la chaleur dégagée par le premier rang de filles doit contribuer au réchauffement climatique, tellement elles sont bouillantes. A mes côtés, des jeunes gars tous habillés pareil: marcel noir, pantalon noir, basket sneakers, et coupe de cheveux ultra stylée. Ceux-là sont faciles à reconnaître: ce sont les petits gars de la Tektonik. Les officiels comme on dit, parce que maintenant, y’a un sacré paquet de copieurs.

Ils doivent démarrer le show dans une demi-heure, mais déjà, dans les coulisses, ils ne peuvent pas s’empêcher de danser. Ça doit être aussi une manière de s’échauffer puisqu’ils n’arrêtent pas de faire des assouplissements. Devant la scène, des jeunes filles les aperçoivent et leur font des signes de la main, auxquels ils répondent, tout en agitant leur corps, comme si tout était lié. Ils sont tous bien gaulés, et moi, avec ma bière à la main et le bedon qui va avec, je ne me sens guère en phase avec mon époque.

Après ça se complique

Il est un peu plus de 20h30 lorsque les danseurs montent sur scène. La tension est palpable. L’un d’entre eux se signe et regarde le ciel à la manière d’un footballeur avant d’entrer sur le terrain. Yelle et son «à cause des garçons» enchaîne, la troupe de Dim Chris reste pour faire la choré.

Jusque-là, je connais, ce n’est pas trop difficile non plus. Après ça se complique. On annonce la nouvelle Mariah Carey, Leona Lewis. C’est vrai qu’elle en a le style, la voix, l’allure, pas le poids. Ensuite, c’est le futur Corneille, Dan Kamit. Encore après, les nouveaux Tokio Hotel, avec Cinema Bizarre. Sont marrants eux avec leur look gothique post-atomique. Ce qui est drôle, c’est qu’ils font l’inverse des autres: ils font la gueule exprès quand on les prend en photo et ils se marrent après.

Le public a l’air de maîtriser

Hormis Melissa M qui est un vrai phénomène auprès du jeune public, ça se complique encore pour moi avec la suite des artistes. Marc Antoine: connais pas. Sugababes: connais pas. Superbus: connais pas. Non, je rigole. Mais juste pour Superbus parce que les autres, ça ne me dit rien et comme je n’écoutais pas à ce moment-là, je ne serais pas foutu de les reconnaître si je devais les revoir. Pas grave, le public lui a l’air de maîtriser, c’est le principal.

Superbus descend de scène pour laisser la place à Calogero (ça je connais). Les membres du groupe eux-mêmes ont l’air surpris par le nombre de fans invités pour ce concert. Tandis que Martin Solveig clôture la soirée avec un set d’une demi-heure, je retourne à côté des Cinema Bizarre pour tenter de comprendre quelle langue il parle (si vous avez la réponse, n’hésitez pas). En tout cas, ils boivent des bières comme moi. Tout n’est pas perdu.

Les lunettes noires qui suivent les soirées difficiles

Le lendemain matin, je monte sur le yacht de NRJ pour l’émission du 6-9 qui se transforme pour l’occasion en 8-12. Les animateurs ont les lunettes noires qui suivent les soirées difficiles. Le professionnalisme qui sort de leur bouche tranche nettement avec la fatigue qu’on lit dans leur regard. «C’est pour cela que je ne ferai jamais de télé», confie en rigolant Bruno qui va dire bonjour au public.

Là aussi, les stars se succèdent au micro au rythme des vannes qui fusent comme une tequila frappée. Les fans qui sont sur le quai ne s’y sont pas trompés en faisant le pied de grue car elles verront plus de monde que le soir pour la montée de marches des NRJ Music Awards. J’ai presque un peu honte d’avoir si peu d’intérêt pour les invités alors que les fans restés à quai auraient vendu leurs bras et leurs jambes pour avoir le droit de ramper au pied des Tokio Hotel.

«T’as le kiff sans la vieille»

En tout cas il y a en une qui a l’air de prendre un pied terrible. C’est miss France. Débarrassée de la figure tutélaire de Geneviève de Fontenay, elle semble à l’aise et libre. «En fait, t’as de la chance, t’as tout gagné, t’as le kiff sans la vieille», lui glisse un des animateurs hors micro. L’émission se termine par un jeu pour faire gagner des places pour les NRJ Music Awards.

Un jeu un peu particulier. Un des membres de l’équipe descend du bateau et se plante au milieu du public. Soudain il se met à courir au moment où Bruno lance que celui ou celle qui le rattrapera gagnera les places. C’est une nuée de jeunes filles hystériques qui bondit pour pourchasser le sésame. Moi, j’en profite pour descendre discrètement du bateau. Je n’oublie pas que j’ai une place dans ma poche et que si on en venait à me courser, je sais courir longtemps. Mais pas vite.