Eric Fottorino à la tête du «Monde»

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Le directeur du Monde, Eric Fottorino, qui a démissionné du directoire du groupe, a rejeté jeudi la responsabilité de la crise sur le président de la Société des rédacteurs (SRM, actionnaire de référence), dans une déclaration sur France Inter, et l'a accusé de jouer les "pompiers-pyromanes".
Le directeur du Monde, Eric Fottorino, qui a démissionné du directoire du groupe, a rejeté jeudi la responsabilité de la crise sur le président de la Société des rédacteurs (SRM, actionnaire de référence), dans une déclaration sur France Inter, et l'a accusé de jouer les "pompiers-pyromanes". — Jean Ayissi AFP/Archives

Eric Fottorino a été élu vendredi à la présidence du directoire du «Monde» lors d'un conseil de surveillance au cours duquel le président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), Jean-Michel Dumay, a dû s'engager à quitter ses fonctions, a-t-on appris de sources concordantes.

Dans un communiqué d'une seule phrase, le conseil de surveillance a indiqué qu'Eric Fottorino, 47 ans, actuel directeur du quotidien Le Monde, avait «été élu ce jour, à l’unanimité, président du directoire du Groupe Le Monde».

Le nouveau président du directoire du «Monde» a été élu par la totalité des actionnaires externes et internes, mais le Conseil, émaillé de nombreuses interruptions de séance, a duré près de sept heures en raison d'âpres discussions sur la question du départ de Jean-Michel Dumay réclamé par les actionnaires externes, selon ces sources.

Jean-Michel Dumay a dû s'engager par écrit à ne pas briguer un nouveau mandat au terme de l'actuel au 30 juin 2008. La SRM est l'actionnaire de référence du groupe.

Contacté par l'AFP, Jean-Michel Dumay a indiqué qu'il «réservait (sa) réaction». «Ça a été particulièrement douloureux», a-t-il ajouté d'une voix blanche.

Selon une source proche du dossier, Jean-Michel Dumay a été «informé par Eric Fottorino avant d'entrer dans le conseil qu'il s'était engagé à ce qu'il parte».

Eric Fottorino a contesté cette version des faits, indiquant à l'AFP qu'il avait informé depuis plusieurs jours Jean-Michel Dumay que les actionnaires externes souhaitaient que ce dernier «prenne du champ» pour résoudre la crise.

«Il a dit qu'il le ferait, devant des sociétés de représentants du personnel, et aujourd'hui il a contesté cette clause, cette entente qu'il y avait entre lui et moi», a-t-il ajouté.

En interne, l'annonce de cette condition posée par les actionnaires externes, a provoqué un vif émoi des salariés, dont une cinquantaine se sont massés devant la salle du conseil pour «exercer une pression morale» sur les administrateurs, selon un témoin.

«C'est un chantage humainement insupportable», a estimé un salarié, jugeant «odieuse» l'attitude des administrateurs externes, tandis qu'un autre fustigeait les «conditons extrêmement humiliantes mises par Alain Minc», président du Conseil de surveillance du «Monde».

Lors du conseil de surveillance, Eric Fottorino a par ailleurs pris l'engagement de créer une commission afin de créer les conditions d'une recapitalisation du «Monde», qui devra rendre ses conclusions le 31 mars, selon une source proche du dossier.

Il n'a pas dévoilé le nom du gestionnaire qui devrait venir l'épauler dans ses nouvelles fonctions, mais il devrait le faire la semaine prochaine, selon cette source.

De son côté, le groupe Lagardère, actionnaire minoritaire du Monde, a indiqué à l'AFP être «rassuré et heureux que la crise de gouvernance soit terminée».

«Nous soutiendrons le plan (de redressement, ndlr) qu'Eric Fottorino va mettre en place et participerons avec (le groupe de presse espagnol) Prisa aux travaux de commission sur la recapitalisation qu'Eric Fottorino va lancer», a indiqué une porte-parole.

Fin décembre, Lagardère et Prisa avaient présenté à la SRM un projet commun de prise de contrôle d'une des structures intermédiaires du «Monde», dont ils sont tous deux actionnaires.