Les chaînes retrouvent le goût du long feuilleton

Anne Kerloc'h - ©2008 20 minutes

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Et on s'étire en longueur, allez, hop ! Lundi, France 2 lancera en quotidienne son feuilleton fleuve : 260 épisodes. Tous les jours, « Cinq soeurs » suivra une tribu de jeunes Niçoises et leur papa. « On n'avait pas lancé de feuilleton à France 2 depuis une dizaine d'années, note Jean-François Luccioni, conseiller de programme, mais le succès de ?Plus belle la vie? nous a encouragés... » Le rendez-vous de France 3 compile en effet les chiffres qui font vibrer : avec 5,2 millions de télé- spectateurs en moyenne, il franchira fin juin le cap du millier d'épisodes. Pas étonnant que les chaînes croient au « plus c'est long, plus ce sera bon ». TF1 prépare « Seconde Chance », 180 épisodes sur une mère au foyer redécouvrant l'emploi comme stagiaire. M6 a prévu deux feuilletons de 80 épisodes chacun...

Au-delà de la fidélisation du public, « ce programme donne une identité forte à une chaîne, note François Sauvagnargues, directeur de l'unité fictions d'Arte. Ainsi, ?Plus belle la vie? colle à l'image de proximité que veut donner France 3. » Pour autant, Arte ne s'y lancera pas. Car un feuilleton quotidien, c'est presque aussi risqué que le poker. En cas de dégringolade d'audience, le stock d'épisodes à écouler est maousse, et le financement siphonne entre 10 et 20 % du budget fiction d'une chaîne. Soit le prix d'une production quasi industrielle. « C'est titanesque, avoue Jean-François Lucciani. Un épisode est tourné quotidiennement sur 2 200 m2 de plateau, et le tournage ne s'arrête jamais, pas un jour de l'année. Une dizaine de réalisateurs et une vingtaine de scénaristes sont mobilisés. » Et 350 personnes ? techniciens, acteurs... ?travaillent sur « Plus belle la vie ». Compte tenu du caractère stratégique, ces méga-tournages sont confidentiels, et les chaînes ne communiquent que dans les dernières semaines.

La fiction à rallonge est-elle amenée à durer en France ? Dans tous les cas, c'est un tournant. « Contrairement aux autres pays d'Europe qui ont lancé des feuilletons quotidiens depuis les années 1970 et qui entament parfois leur 5 000e épisode aujourd'hui, le genre a été assez peu développé en France, note Yannick Dehée, historien de la télé. C'est surtout à l'époque de l'ORTF que l'on trouve des feuilletons ». Ah, le bon temps de « Janique Aimée » !