Zéro pub sur France Télé : le ministère s'emmêle

Raphaëlle Baillot

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Le président décide d'abord, le gouvernement consulte après. Samedi, les services de Christine Albanel ont annoncé que la ministre de la Culture et de la Communication allait lancer un forum de discussion sur Internet. Histoire de «passer un nouveau contrat de service public audiovisuel avec les Français», et de «savoir ce qu'ils attendent d'une télévision publique renouvelée, ambitieuse et innovante, à la fois populaire et de qualité». Une forme de démocratie participative inédite, puisqu'inversée: la future suppression de la pub des antennes du service public est déjà annoncée, sortie du chapeau de Sarkozy mardi dernier en conférence de presse. Mme Albanel n'était pas au courant, elle l'a reconnu deux jours plus tard au « 20 heures» de David Pujadas. «Elle essaie de reprendre la main avec ces discussions sur le Web», glisse un producteur de fiction française.

Mais cette consultation tardive du public entre en contradiction avec le calendrier très serré que s'est fixé la ministre. Elle a en effet annoncé que le projet de loi sur la suppression de la pub serait déposé «après les municipales» de la mi-mars... et qu'il pourrait même être voté «avant l'été» pour une application en 2009. Une volonté confirmée par François Fillon qui déclarait hier vouloir «explorer toutes les synergies pour arriver à un projet de loi courant 2008 et viser l'objectif du 1er janvier 2009». La précipitation du ministère se devine dans une autre maladresse: le texte de samedi promet que «Christine Albanel se rendra, aux côtés de Patrick de Carolis [PDG de France Télévisions], à la rencontre des téléspectateurs afin de débattre avec eux de la télévision publique de demain». Mais selon nos informations, France Télévisions n'a prévu aucun de ces forums de téléspectateurs, lancés par Carolis début 2006, avant avril. «On avait décidé de les interdire pendant les municipales, ils vont un peu vite en besogne au ministère. On va devoir ajuster tout ça», glisse un décideur.

En attendant, Nicolas Sarkozy a encore parasité les annonces ministérielles samedi, lors du conseil national de l'UMP. Ses promesses? Aucune chaîne ne sera privatisée, et l'Etat subviendra bien aux 800 millions d'euros que France Télévisions perdra quand il sera privé de pub.