Liberté de la presse en France: «La situation n’a jamais été aussi mauvaise depuis 2013»

PRESSE La France arrive à la 39e position du classement mondial de la liberté de la presse 2017, dévoilé par Reporters sans frontières ce mercredi…

Clio Weickert

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Des journalistes face à Emmanuel Macron à Villers-Cotterets le 17 mars 2017
Des journalistes face à Emmanuel Macron à Villers-Cotterets le 17 mars 2017 — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La France est à la 39e position du classement mondial de la liberté de la presse 2017
  • La situation n’a jamais été aussi mauvaise depuis 2 013

Un bilan alarmant. Ce mercredi, Reporters sans frontières a rendu son rapport annuel sur la liberté de la presse, accompagné de son classement mondial. Et le constat est sans appel. « Jamais la liberté de la presse n’a été aussi menacée », dévoile RSF, précisant que sur les 180 pays recensés, 72 connaissent une situation « difficile » ou « très grave ».

De son côté, dans une situation considérée comme « plutôt bonne », la France se positionne à la 39e place du classement et gagne six places par rapport en 2016. Une bonne nouvelle pour la liberté de la presse hexagonale ? Pas forcément…

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Une remontée mécanique après « Charlie Hebdo »

Si la France remonte dans le classement, cela ne signifie pas pour autant que la liberté de la presse s’est améliorée notablement. Comme l’explique RSF, « cette remontée est principalement mécanique après la chute exceptionnelle qu’elle avait connue en 2015 avec la tuerie de Charlie Hebdo ».

En effet, le classement de la liberté de la presse prend en compte plusieurs critères : les exactions ou les violences qui pèsent sur les journalistes, leur indépendance, le pluralisme des médias, le cadre législatif, mais aussi les journalistes blessés ou tués sur le territoire en question. Aucun journaliste n’a été tué en France en 2016, en comparaison avec l’année précédente et la tuerie de Charlie Hebdo, il est « logique » que le pays remonte dans le classement.

Atmosphère délétère et concentration des médias 

Une hausse mécanique, alors qu’en réalité, « la situation n’a jamais été aussi mauvaise depuis 2013 », a précisé à 20 Minutes Christophe Deloire, Secrétaire Général de Reporters sans frontières. Deux problématiques sont notamment pointées du doigt. Tout d’abord, le climat délétère envers les journalistes, où « certains responsables politiques multiplient les attaques verbales contre "les médias menteurs" », et « où il devient normal d’insulter les journalistes, de les faire siffler et huer lors de meetings quand ils ne sont pas déclarés persona non grata », est-il expliqué dans le rapport.

Enfin, RSF tire également la sonnette d’alarme sur la « concentration des médias ». « Le nombre de ceux qui les détiennent s’amenuise peu à peu, aggravant ainsi leur dépendance aux pouvoirs politiques et économiques, explique RSF. En France notamment, la concentration de la plupart des grands médias n’a jamais été aussi avancée et le risque de conflits d’intérêts aussi grand. » L’ONG donne pour exemple l’industriel breton Vincent Bolloré, qui « n’a jamais caché son intention de peser sur les contenus éditoriaux des médias propriétés de son groupe Vivendi ».

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Des mises en garde 

Dans son rapport, RSF déplore également que les dispositions de la loi Bloche (adoptée par l’Assemblée nationale à l’automne 2016) « visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias », aient été annulées par la suite par le Conseil constitutionnel. Et si le secrétaire général de l’ONG relativise et reconnaît que la France demeure un pays où les journalistes peuvent faire leur travail, la vigilance reste de mise.

« Tout au long de la campagne présidentielle, RSF a fait part de ses revendications auprès des responsables politiques, explique Christophe Deloire. Après les élections, nous seront attentifs à la mise en œuvre des recommandations, et que ces mises en œuvre ne soient pas artificielles et détournées de leurs sens. »

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