«Tout le monde connaît la Nuit de Cristal, mais pas son origine»

MEDIA Robert Badinter, avocat et fils de déporté, revient sur l'événement qui a servi de prétexte à Hitler pour amorcer la déportation...

Recueilli par A. Kerloc'h
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Robert Badinter, avocat et fils de déporté, revient sur l'événement qui a servi de prétexte à Hitler pour amorcer la déportation...

Le docu-fiction de Joël Calmettes, que vous avez conseillé, dévoile ce soir un pan d'histoire méconnu...

Tout le monde connaît la Nuit de Cristal en 1938 [pogrom perpétré dans la nuit du 9 au 10 novembre], mais personne ne se souvient que le prétexte saisi par Hitler a été l'assassinat à Paris de l'attaché d'ambassade Ernst Vom Rath par Herschel Grynszpan, qui voulait alerter sur les persécutions des Juifs en Allemagne. Cette affaire a mobilisé de manière incroyable les gouvernements dans les années 1938 à 1942. Hitler voulait en faire le procès du « complot juif mondial »...

De quand date votre rencontre avec cette affaire ?

Jeune, j'ai travaillé avec Henri Torrès, un des avocats de Grynszpan. Ce procès - qui n'a jamais eu lieu -, j'aurais rêvé de le plaider, en le transcendant pour en faire le procès de l'antisémitisme nazi... Autant vous dire que j'ai trouvé passionnant, pour les besoins du docu-fiction, de reconstituer la plaidoirie de Me Moro Giafferi, avocat de l'oncle et de la tante de Grynszpan... accusés d'avoir hébergé leur neveu, un sans-papiers !

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans le film ?

Les archives allemandes retrouvées par Joël Calmettes ont permis de reconstituer les réunions entre les dirigeants nazis sur la Nuit de Cristal. Des conférences si délirantes qu'on les croirait inventées par un scénariste. Mais non ! Cette vulgarité, cette bassesse, cette folie étaient réelles et consignées par écrit. Et le film montre bien à quel point Grynszpan est dépassé par un acte dont il attend tout et qui se retourne contre ceux qu'il veut défendre. Imaginez cet adolescent de 17 ans, petit sans-papiers perdu dans une France xénophobe, qui tue pour une cause. Et qui fournit aux bourreaux l'occasion de mettre en oeuvre leur projet sinistre. Il est l'instrument du destin. L'affaire Grynszpan, c'est une tragédie, au sens premier du terme.