Sarkozy à la rescousse du secret des sources

Raphaëlle Baillot - ©2008 20 minutes

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L'hyperprésident volera-t-il au secours des plumes ? Hier, Nicolas Sarkozy a promis un texte sur la protection des sources des journalistes courant 2008. « Je préfère les excès de la presse à l'absence de la presse », a-t-il glissé.

Une loi sur la question existe déjà. L'article 109 du Code de procédure pénale est même très clair : « Tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l'origine. » Mais le pouvoir judiciaire s'assoit souvent sur cet alinéa. Journaliste du Télégramme de Brest en garde à vue, perquisitions à l'agence Capa dans le cadre de l'affaire de l'Arche de Zoé, au Canard enchaîné, au Midi libre... depuis trois ans, les rédactions semblent de moins en moins à l'abri du zèle judiciaire. Qui a oublié la garde à vue de Guillaume Dasquié, il y a un mois dans les locaux de la DST ? Les services secrets l'ont poussé à révéler une partie des sources qui lui ont permis de publier un document sur Al-Qaida en avril dans Le Monde. Pourtant, « la jurisprudence européenne est claire, nous confiait-il juste après une détention. On a le droit de dévoiler des documents confidentiels s'ils contribuent à l'intérêt général. » D'après ses dires, il aurait été menacé d'être jeté en prison s'il ne donnait pas le nom de ses contacts. « Il ne faut pas préjuger que c'est le pouvoir politique qui décide de ces mesures liberticides, mais il ne s'élève pas suffisamment contre les dérives du judiciaire, souligne François Malye, journaliste au Point et président du Forum des sociétés de journalistes. Secret des sources, on ne sait même plus ce que ça veut dire, et avec le progrès technologique il suffit de saisir un mobile ou un ordinateur pour le violer. »

Le texte à venir, qui prévoirait entre autres de protéger le journaliste jusqu'à son domicile, est donc bienvenu... s'il voit le jour. En 2005, Le Point et L'Equipe furent perquisitionnés dans le cadre de l'affaire de dopage cycliste Cofidis. Face à l'émotion de la profession, le ministre de la Justice, Pascal Clément, membre d'un gouvernement dont faisait partie Nicolas Sarkozy, avait promis d'inscrire le droit à la protection des sources dans la loi sur la presse de 1881. Mais ne l'avait pas fait.