Attentat à Berlin : Pourquoi vous verrez à nouveau des photos de terroristes dans les médias

TERRORISME Au lendemain de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray en juilllet, des journaux et chaînes d’info avaient pris la décision de ne plus diffuser de portraits des terroristes…

Clio Weickert

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Capture d'écran de BFM TV
Capture d'écran de BFM TV — www.bfmtv.com

Ce jeudi, il est impossible de passer à côté d’Anis Amri. Depuis quelques heures, le Tunisien est suspecté d’être l’auteur de l’attentat au camion de Berlin, causant la mort de 12 personnes, et en blessant 48. Sur les chaînes d’info en continu, dans la presse écrite, sur les sites Internet… son portrait fait l’objet d’une diffusion massive.

Pourtant, en juillet dernier, certains médias français, dont Le Monde, BFM TV et La Croix, avaient fait part de leur décision de ne plus montrer le visage des terroristes, bannissant leurs photos de leur fil d’actualité. La raison ? Notamment éviter à tout prix la glorification des auteurs d’attentat. Alors pourquoi, cinq mois après, le visage d’un d’entre eux apparaît-il de nouveaux dans les médias ?

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Un cas particulier

« Nous avons pris la décision hier soir de ne plus diffuser des photos de terroristes à l’antenne, jusqu’à nouvel ordre », déclarait Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV (désormais directeur général de la chaîne), au lendemain desattentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray. « La photo a une portée symbolique et emblématique, surtout sur une chaîne d’information en continu avec de nombreux journaux et donc des diffusions répétées. La photo peut mettre au même niveau victimes et terroristes », précisait-il alors. Ce mercredi, très rapidement après que l’identité du suspect de l’attentat au camion de Berlin a été révélée, la chaîne a pourtant choisi d’en diffuser le portrait.

« Les deux attentats de Nice et de Berlin sont malheureusement similaires, mais aussi radicalement différents », explique ce jeudi Hervé Béroud à 20 Minutes. « Dans le premier cas, le terroriste était mort, il n’était plus utile de le montrer. Pour ce qui est de Berlin, le suspect est activement recherché, il est dans la nature, on ne sait où, et il y a une enquête. Dans ce cas particulier, on ne peut pas ne pas diffuser la photo, au contraire il faut la montrer le plus possible, il y a un enjeu d’arrestation. »

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La crainte de la glorification

Du côté du Monde, qui avait également pris position en juillet dernier, même son de cloche. « Le terroriste n’est pas mort, nous utilisons donc sa photo comme information, à valeur de document », affirme Jérôme Fenoglio, le directeur du journal. Publier des photos de terroristes vivants oui, mais morts, non ? Pour le directeur du Monde, le but est surtout d’éviter « toute glorification post-mortem ». « Un des ressorts des terroristes, est qu’ils cherchent le plus souvent à mourir dans ces attentats. Parfois même ne pas mourir est un échec », précise-t-il.

Mais la règle n’est pas si simple. « On parle des petites mains des terroristes, ceux qui passent à l’acte, ajoute-t-il. En Syrie, l’enjeu est différent. On est alors dans le cadre de théoriciens et de donneurs d’ordres, qui souvent ne cherchent pas à se montrer. Or nous trouvons que c’est important de mettre un visage sur ces personnes. »

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Des exceptions qui confirment la règle

Mais alors, peut-on réellement trancher sur la question de publier ou non les photos des terroristes ? Le directeur du Monde reconnaît que les règles en la matière peuvent être « subtiles », « évolutives » et qu’il s’agit finalement de procéder au « cas par cas ». « Nous ne voulons surtout pas être enfermés dans leurs messages », précise Jérôme Fenoglio.

Un avis partagé par BFM TV. « Nous avons fixé des règles claires, mais on ne peut pas s’en contenter, il faut regarder précisément chaque situation », ajoute Hervé Béroud. Autrement dit, des règles générales, et un tas d’exceptions.