Caméras et stylos accueillis par des barres de fer

Raphaëlle Baillot

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«Je n'ai jamais vu ça, il y a une haine contre l'extérieur, policiers, pompiers, élus, et nous», déplore Luc Bronner, journaliste au «Monde». Les coups qu'il a reçus dimanche à Villiers lui valent «une côte cassée ou fêlée et deux jours d'arrêt de travail». Hier, des équipes de France 3 Paris-Ile-de-France et du site LaTéléLibre ont connu des heures difficiles: caméras volées, violences gratuites... «Mon collègue Larbi Aarab écope de huit points de suture après un coup de barre de fer sur la tête, mon petit doigt est fracturé», raconte Miguel Maïa de LaTélélibre. Hier, un rédacteur de «20 Minutes» a essuyé une averse de coups, après que son calepin et sa sacoche ont «trahi» la nature de son métier.

La profession est taxée de cent travers: elle serait du côté des flics, ne passerait le périph' que lorsque la banlieue s'embrase, pour quelques heures sur place. Des griefs à nuancer largement. «Spécialisé en violences urbaines», Luc Bronner sillonne les quartiers difficiles depuis deux ans pour «Le Monde». Son travail sur les jeunes et la banlieue a été salué par le dernier prix Albert-Londres. Dans cette veine, France 3 Paris-Ile-de-France a créé en 2002 une «commission banlieue». «L'idée, c'est d'aller sur place pour nouer des contacts d'abord sans caméra, et de ne pas attendre que ça aille mal pour faire des sujets», souligne Karine Bellifa, membre de la commission.

Mais en matière d'info télévisée, ces initiatives ponctuelles restent lettre morte au niveau national. Après les émeutes de 2005, la profession s'est posé beaucoup de questions (des séminaires ont eu lieu jusque dans la tour TF1), mais n'a pas pris de mesures concrètes. Reste que le danger du terrain incite de plus en plus les confrères à bénéficier de la protection de la police... Un cercle vicieux! «Il y a des tirs, j'ai dit à mes reporters d'images de bien garder leurs distances», atteste ainsi Marc Cantarelli, rédacteur en chef à BFM TV. Pour certains confrères, il est devenu impossible de mettre un pied dans le théâtre des affrontements: lundi soir, l'envoyé spécial de TF1 a dû faire son direct depuis la ville voisine d'Ecouen.