Manifestation des policiers : Pourquoi vous ne verrez pas (ou peu) les visages des manifestants

TELEVISION Visages floutés, cadrage de dos… Depuis le premier rassemblement le 18 octobre dernier, les policiers manifestent sous couvert d’anonymat…

Clio Weickert
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Un policier masqué lors d'une manifestation à Paris le 21 octobre 2016
Un policier masqué lors d'une manifestation à Paris le 21 octobre 2016 — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

Depuis le premier rassemblement improvisé le 18 octobre dernier sur les Champs-Elysées à Paris, les policiers font part de leur grogne, mais anonymement. En plus des cagoules ou des foulards que porte la majorité d’entre eux, du côté des chaînes d’information, on prend soin de flouter les images et on adapte le cadrage. Alors que de nouvelles manifestations auront lieu ce mardi devant de nombreux palais de justice de France, pourquoi ne verrez-vous pas – ou peu – les visages de ces policiers en colère ?

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Floutés ou rien

Si, depuis le début du mouvement, les chaînes ne filment pas les visages des manifestants qui témoignent, la raison est simple : il s’agit d’une volonté des policiers. « Ils nous ont à chaque fois demandé l’anonymat, notamment au nom du devoir de réserve », explique Sarah-Lou Cohen, responsable du service « police-justice » de BFMTV. Réponse identique du côté de l’information de TF1 et LCI : « Dans la plupart des cas, il s’agissait de leur demande, nous pouvions les filmer mais en les floutant. »

En tant que fonctionnaires, les policiers sont soumis au devoir de réserve, « tout agent public doit faire preuve de réserve et de mesure dans l’expression écrite et orale de ses opinions personnelles ». Un policier n’a, par exemple, pas le droit de donner une interview sans l’accord préalable de sa hiérarchie.

La sanction redoutée

Un devoir de réserve, et une peur de la sanction. Car pour manifester, un policier doit respecter un certain nombre de règles : il ne doit pas être en service, ne doit pas porter sa tenue de service et ne pas être armé. Si les rassemblements qui auront lieu ce mardi seront encadrés par des syndicats, les précédents relevaient quant à eux de l’improvisation, donc hors cadre légal et sans aval hiérarchique. « Il s’agit de manifestations de policiers qui ont outrepassé leurs droits, précise Sarah-Lou Cohen, c’est un mouvement inédit, spontané et non piloté par des syndicats, ils veulent donc se protéger. » Une peur de la sanction donc, d’autant qu’une enquête a été ouverte par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) concernant des manifestants potentiellement en « position de service, dotés de leurs uniformes et véhicules de service », rapporte Libération.

Peur d’une attaque terroriste

Mais si les médias acceptent de jouer le jeu de l’anonymat, une autre raison est évoquée, celle de la sécurité des policiers. « Depuis l’affaire de Magnanville, il y a une vraie demande d’anonymat des policiers qui sont de plus en plus inquiets », explique la responsable du service police-justice de BFMTV, ils n’ont plus envie qu’on filme leur visage et nous faisons donc de plus en plus attention à ça. » Pour rappel, le 13 juin dernier, un couple de policiers avait été assassiné par le terroriste Larossi Abballa dans leur maison à Magnanville, sous les yeux de leur petit garçon.

Un événement traumatisant qui a profondément marqué la police. « Au vu du contexte, les policiers ont été des cibles et il faut désormais faire attention à l’exposition médiatique », précise Stanislas Gaudon, délégué du syndicat Alliance Police nationale. « Ils ne vont donc pas montrer leur visage et donner de mauvaises idées à de mauvaises personnes dans la crainte d’un nouveau drame. » Une peur légitime que les médias acceptent majoritairement. « On leur dit toujours de flouter le visage des collègues, ajoute Stanislas Gaudon, tout le monde comprend aisément, et il n’y a pas débat. »