Anne Pingeot «ne sait pas» si elle a «bien fait» de publier les lettres de François Mitterrand

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20 Minutes avec AFP

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Francois Mitterrand avec sa maitresse Anne Pingeot se promenant dans la propriete de Francois de Grossouvre dans la Nievre en 1981.
Francois Mitterrand avec sa maitresse Anne Pingeot se promenant dans la propriete de Francois de Grossouvre dans la Nievre en 1981. — VILLARD/SIPA

Une histoire clandestine qui a duré 33 ans. Pour la première fois, Anne Pingeot s’exprime sur sa liaison avec François Mitterrand, alors que vient de paraître la correspondance que l’ancien président a entretenue avec elle.

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Dans une série d’entretiens avec l’historien Jean-Noël Jeannenay, diffusés à partir de lundi soir sur France Culture, celle qui fut conservateur au musée d’Orsay évoque « avec pudeur mais sans tabou » cette relation hors du commun, scandaleuse pour certains, que les Français ont découverte en 1994. « Sans le golf, rien de cette histoire n’aurait existé ! » raconte Anne Pingeot.

Jeune fille, elle habite en Auvergne, mais passe ses vacances dans les Landes, à Hossegor. Le « grand bonheur » de son père était de jouer au golf d’Hossegor « qui est fort beau et où il pleut beaucoup ». Un jour de pluie des années 1950, le père d’Anne invite des amis dans leur maison de villégiature dans les Landes. Il s’agit d’André Rousselet et François Mitterrand. Anne Pingeot a seulement 14 ans. François Mitterrand en a 41.

« Une meilleure compréhension d’un des personnages majeurs de notre histoire »

Le père d’Anne a un an de plus que François Mitterrand, mais qu’importe. « Je n’avais que quatorze ans. Cela m’a laissé une impression… ineffaçable. » Anne Pingeot se souvient et chavire. « C’est trop… de se souvenir de ce visage… » Une passion était née, qui se concrétisera cinq ans plus tard, toujours à Hossegor. La première lettre de François Mitterrand, encore amoureux timide, date d’octobre 1962.

« Je ne sais pas si j’ai bien fait » de laisser publier les lettres d’amour de François Mitterrand et son Journal, confie Anne Pingeot, qui dit s’être finalement laissée convaincre par Jean-Noël Jeannenay lui-même. Pour l’historien, la publication de cette correspondance si intime et du « Journal pour Anne » s’imposait car elle apporte « une meilleure compréhension d’un des personnages majeurs de notre histoire nationale au XXe siècle ».

Anne Pingeot a rouvert « une correspondance qui a commencé il y a plus d’un demi-siècle ». « Et puis je l’ai transcrite, ce qui était à la fois une épreuve et une façon assez étonnante de revivre toute ma vie. »

« J’ai 73 ans, je mets en ordre »

Les Lettres à Anne, 1962-1995 (Gallimard) rassemblent les plus de 1.200 lettres adressées par l’ancien chef de l’État à Anne Pingeot de 1962 jusqu’à quasiment la mort de François Mitterrand (la dernière lettre est datée du 22 septembre 1995).

Après avoir longtemps hésité, elle avoue aussi qu’elle tenait à ce que ces lettres soient publiées de son vivant. « J’ai 73 ans, je mets en ordre », dit-elle. « C’est la crainte que ça ne soit pas fait correctement. Donc, ça, c’était aussi un motif de publication. » Pour expliquer pourquoi elle est restée dans l’ombre toutes ces années, Anne Pingeot, descendante d’un des six maréchaux de France de la Grande Guerre, rappelle le poids des traditions dans les familles de la grande bourgeoisie française.

« C’était la province, très réactionnaire, de droite, pas évoluée et j’ai eu une formation dans ce sens », raconte-t-elle. « Je crois que ça a compté beaucoup parce que, on comprenait très bien cette trame de devoir… » Rappelant les rares discussions autorisées à table avec sa famille quand elle était jeune fille, elle souligne : « Que n’ai-je entendu, par exemple, sur la vision de la femme… la femme est quelqu’un qui doit être soumis, qui ne doit avoir aucune vie intellectuelle. » « Ce côté de soumission a fait que j’ai accepté au fond l’inacceptable », souligne-t-elle.