« Les Echos » toujours contre un mariage sans amour

Anne Kerloc'h - ©2007 20 minutes

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C'est une très bonne question et c'est La Tribune qui la posait, le jour où était rendue publique la vente des Echos à LVMH. « Peut-on acheter une entreprise contre ses salariés ? », lançait en dernière page le quotidien éco, que LVMH a mis en vente en parallèle pour s'offrir son concurrent. Les lecteurs invités à voter sur le site, répondaient « non » à 70 %. La rédaction des Echos, elle, dit et redit « non ». Outre une non-parution, hier et aujourd'hui, Bernard Arnault, PDG de LVMH, sera confronté à des cadeaux surprises.

· Un petit rab de tribunal ? Le terrain juridique risque d'être savamment labouré : conseillé par un avocat spécialisé, la rédaction estime que la vente est entachée d'illégalité sur plusieurs points et n'exclut pas d'autres recours, même si elle a été déboutée de son référé lundi. « Le processus de vente est en cours, mais la vente n'est pas achevée, insiste Leïla de Comarmond, secrétaire de la Société des journalistes. Preuve de la détermination de la rédaction : le numéro de jeudi décryptera pour le lecteur les enjeux de l'affaire.

· Un déplumage sauvage ? Départ des journalistes de talent faisant jouer la clause de cession... voire dégâts numériques collatéraux. David Targy, du cabinet d'études Precepta, note : « Edwy Plenel, ex du Monde, s'apprête à lancer un site d'information, des anciens de Libé ont créé rue89. Ils investissent leurs indemnités de départ dans le numérique ! La marque du papier est plus forte mais ils attirent une partie des anciens lecteurs. » Compte tenu de l'état (piteux) du marché du travail dans la presse, la fuite massive des cerveaux est cependant bien peu probable. « Jules Renard disait : "Il n'y a pas de grands journalistes mais des journalistes de grands journaux", tempère Jean-Clément Texier, expert médias et spécialiste des fusions-acquisitions. Le coût des indemnités de la clause de cession est intégré dans la stratégie d'achat. Et puis, ce peut être une occasion de renouveler le personnel. »

· Démobilisation générale ! L'implication, ça ne se commande pas... « Pendant quatre mois, les journalistes [des Echos] ont désigné Bernard Arnault comme une menace pour leur liberté, souligne Henri Vacquin, sociologue et consultant en relations sociales. On va donc entrer dans une phase un peu imprévisible. »