Franceinfo: Le récit point par point d'une naissance chaotique

MEDIAS Le projet de chaîne info propre au service public, qui a été relancé en août 2015, se concrétise ce jeudi soir…

F.R. avec AFP
— 
Un décor de Franceinfo à la Maison de la radio.
Un décor de Franceinfo à la Maison de la radio. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Ce jeudi, une nouvelle chaîne info déboulera sur la TNT. A 20h, Franceinfo diffusera son premier JT sur le canal 27 de la TNT. Ce sera l’aboutissement d’une course contre la montre de un an, parfois chaotique. 20 Minutes retrace ces derniers mois riches en annonces et rebondissements.

  • Un gros dossier pour Delphine Ernotte

Août 2015. Delphine Ernotte, ex-directrice exécutive d’Orange France, s’installe à son siège de présidente de France Télévisions. Sur son bureau, plusieurs dossiers, dont un évoquant la création d’une chaîne info publique. En 2001, un projet similaire avait déjà germé sous le gouvernement Jospin, avant d’être abandonné, la TNT (télévision numérique terrestre) n’existait pas encore.

Quatorze ans plus tard, au sortir de l’été, la réflexion autour de la création d’une telle chaîne reprend avec l’appui du gouvernement Hollande. Début septembre, Delphine Ernotte affirme sur France Inter que « France Télévisions ne peut pas être absent de la télévision d’information en continu » et que la pertinence d’un projet propre au service public s’explique par un « besoin d’une information qui garantisse l’indépendance et qui dépasse l’émotion ». Un tacle à peine voilé adressé à BFMTV, iTélé et LCI.

  • Très cher logo

Au fil des mois, le projet prend forme. On apprend que la nouvelle chaîne verra le jour en partenariat entre France Télévisions, Radio France, France 24 et l’INA (Institut national de l’audiovisuel). En mars, la date du 1er septembre est annoncée pour le lancement. Le compte à rebours est lancé. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ne l’entravera pas : le 6 juillet, il attribue le canal 27 de la TNT à la future chaîne. Au grand dam de Michel Field, le patron de l’info de France Télés, qui espérait un numéro parmi les 20 premiers, pensant que cela aurait un effet sur l’audience. Il se consolera quelques jours plus tard lorsque le nom qu’il envisageait pour la nouvelle chaîne, Franceinfo, sera entériné.

Le logo flambant neuf est présenté le 13 juillet. Selon Le Canard enchaîné, le graphisme minimaliste aurait coûté 500.000 euros. Début août, Stéphane Dubun, pur produit de France Télévisions, est nommé directeur des éditions télévisées de Franceinfo et Célia Mériguet, rédactrice en chef du site Web.

  • Michel Field contesté

Petit retour en arrière, car il ne faut pas penser que le projet s’est concrétisé sans heurts. Printemps 2016, Michel Field a les oreilles qui sifflent. Les Sociétés des journalistes (SDJ) de France 2, France 3 et francetvinfo.fr multiplient les reproches à l’égard du directeur de l’information. Les rédactions redoutent notamment la dilution des rédactions et que le nom envisagé, Franceinfo, entraîne « une confusion avec la radio ». Mi avril, les trois SDJ signent dans Libé une lettre ouverte adressée à Audrey Azoulay, la ministre de la Culture, en lui demandant : « Serez-vous la ministre qui créera l’ORTF ? ». « Entre les lignes de ce projet éditorial, il est difficile de ne pas voir une fusion déguisée, prélude au mariage de Radio France et France Télévisions », s’alarme la missive.

Fin avril, une majorité de journalistes vote une motion de défiance envers Field. Mais Delphine Ernotte lui renouvelle son indéfectible soutien et préfère nommer un médiateur pour « réaliser une mission rapide sur les dysfonctionnements ». Mi-juin, une partie de la rédaction de francetvinfo.fr a beau se mettre en grève, cela sera sans effet. Le 24 août, le site devient officiellement celui de Franceinfo.

  • Un journal toutes les 30 minutes

Concrètement, Franceinfo, c’est à la fois la radio qui portait ce nom et qui évolue pour coller au projet éditorial de la chaîne info, une chaîne de télévision et un site Internet (fusion des sites de franceinfo.fr et de francetvinfo.fr, les deux adresses renvoyant au même site). Pour Delphine Ernotte, les audiences télé et radio sont secondaires, sa priorité, c’est bel et bien le numérique car elle souhaite que le site et l’application mobile deviennent une « offre d’information de référence ». En tout 176 permanents produiront les contenus de Franceinfo. Ils proviennent de toutes les rédactions engagées dans le partenariat. Par exemple, une trentaine des 160 journalistes de la radio France Info participeront activement à la chaîne info.

L’antenne fera la bascule plusieurs fois dans la journée entre les plateaux créés à Radio France et à France Télévisions et les programmes de France 24 (entre minuit et 6h). Il y aura un JT toutes les demi-heures (réalisé par les équipes de France Télés) et un rappel des titres de 90 secondes, toutes les dix minutes dont se chargera la radio. Plusieurs figures incarneront la chaîne, dont Jean-Michel Aphatie et Karl Zéro, nouvelles recrues, ou encore Fabienne Sintes – qui a intégré Radio France en 1992 – aux commandes de la matinale et Nicolas Demorand qui animera tous les dimanches une émission politique commune avec France Inter. Sur le papier, ça a l’air un peu confus, mais sur l’écran de télé ou à la radio, ça sera sans doute bien plus clair. Le numérique étant une priorité, la chaîne a été lancée dès ce mercredi à 18h sur le Web, l'appli et Ses pages Facebook et YouTube.