Militante anti-loi Travail sur beIN Sports: «C'est une action que #NuitDebout revendique»

INTERVIEW Sophie Tissier, figure active du mouvement#Nuit Debout, explique à « 20 Minutes » comment et pourquoi elle a « trollé » le direct de beIN Sports après Suisse - France, dimanche…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Sophie Tisser, militante à Nuit Debout, opposée à la loi Travail, intervient en direct sur beIN Sport, le 19 juin 2016.
Sophie Tisser, militante à Nuit Debout, opposée à la loi Travail, intervient en direct sur beIN Sport, le 19 juin 2016. — Capture d'écran - beIN Sport

Elle a brandi un « Carton rouge à la loi Travail » à la surprise générale et l’image a été reprise par plusieurs médias avant de se retrouver au Zapping. Dimanche soir, Sophie Tissier est intervenue en direct sur beIN Sports après le match Suisse – France profitant du micro tendu par un journaliste de la chaîne depuis la fan-zone du Champ de Mars, à Paris. « On n’est pas là pour faire votre publicité », lui a balancé le reporter tentant de garder son flegme, alors qu’elle se faisait conduire hors du champ de la caméra. « Il y a des supporters qui ont d’autres idées que de supporter juste les Bleus », ajoutera-t-il après quelques instants de flottement. Sophie Tissier a effectivement « d’autres idées ». Son visage est bien connu de la mobilisation contre la loi Travail et elle n’en est pas à son premier coup d’éclat en direct, comme elle l’explique à 20 Minutes.

Votre intervention au micro de beIN Sports était-elle préméditée ?

Oui, je fais partie de #NuitDebout, c’est une action qu’on revendique. C’est important pour nous d’intervenir dans les mass media. Cela fait un petit moment qu’on essaye d’alerter sur la surmédiatisation du foot qui laisse peu de place pour évoquer la mobilisation citoyenne. Et puis on est scandalisé que Manuel Valls envisage d’interdire les manifestations alors qu’il laisse les fan-zones s’installer. On dénonce aussi la ristourne fiscale faite à l’UEFA pour cet Euro et les retombées économiques discutables de cet événement pour le pays.

Vous avez donc décidé d’aller dans les lieux-phares de l’Euro…

Au départ, on organisait des opérations de tractage autour des fan-zones. On a été dégagés manu militari par le service d’ordre. Dimanche, on m’a confisqué quatre tracts que j’avais dans les poches.

Vous avez donc opté pour une action plus « spectaculaire »

Mercredi dernier, j’avais déjà mené une action sur iTélé. Je m’étais postée à côté d’un supporter interviewé en direct et je brandissais des cartons rouges contre Manuel Valls et la loi Travail.

Dimanche soir, on était quatre à vouloir entrer dans la fan-zone. On avait une cinquantaine de tracts chacun. Deux des militants qui étaient avec moi se les sont fait confisquer avant d’être exclus de la fan-zone. Le troisième, voyant cela, n’a pas cherché à entrer. Moi, j’ai passé le premier point de contrôle, mais au deuxième, je me suis fait sortir manu militari. On m’a reproché de mélanger le foot et la politique, de faire de la propagande – or, l’Euro, c’est aussi de la propagande, pourquoi ne pas en discuter ? On m’a mis des coups de pression. Le vigile m’a dit : « On t’a filmée, t’as pas intérêt à revenir ». Je suis alors repartie, j’ai retrouvé l’un de mes collègues à la sortie avant d’entrer par une autre porte, avec moins de tracts sur moi.

Et une fois à la fan-zone, qu’avez-vous fait ?

J’ai zoné, j’ai regardé le match. Car j’adore le foot, j’ai vibré dans le public. J’aime les valeurs du foot, car, il y en a, malgré toutes les dérives qui ne sont pas assez contestées. Au moment de partir, j’ai croisé une équipe de beIN Sports qui cherchait des supporters. Deux gars avaient été choisis, et les journalistes voulaient aussi une fille. Leur copine, timide, n’a pas voulu y aller alors je me suis portée volontaire et c’est comme ça que je me suis retrouvée sur le plateau.

Vous aviez préparé ce que vous alliez dire ?

Non, je n’ai d’ailleurs pas pu dire tout ce que j’avais à dire. Je me dis que j’aurais dû m’y prendre autrement, par exemple en disant : « Payet a failli marquer. Mais j’ai surtout vu le carton rouge. Lequel ? Le carton rouge à la loi Travail ». Mais l’idée est de montrer qu’il existe une contestation dans ce pays.

Sur la vidéo, on entend une partie du public sur l’autre plateau de beIN Sports applaudir. Selon vous, c’est une réaction de soutien ?

Bien sûr ! Les gens en ont marre. Ils ont conscience de la manipulation des médias et du gouvernement et du fait que la parole citoyenne n’est plus relayée. Depuis, j’ai reçu des centaines de message de soutien qui me félicitent de l’avoir ouvert.

Et comment cela s’est passé juste après votre intervention ?

J’ai eu un peu la trouille, alors je suis partie en courant. Mais je dois dire que personne n’a été agressif avec moi. Même le vigile qui m’a tiré par le bras. Ils avaient tous conscience que ce que j’ai fait n’était pas illégal.