La TV drague la ménagère de moins de 3 ans

Au MipCom, Raphaëlle Baillot - ©2007 20 minutes

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Bientôt une réalité, le troublant générique des « Enfants de la télé » (TF1), dans lequel des marmots en couche-culotte s'agglutinent devant le poste avec voracité ? La chaîne Baby First, destinée aux bébés de 6 mois à 3 ans, commencera à émettre sur le canal 131 de CanalSat mardi prochain. Sharon Rechter, cofondatrice de la marque promettait hier au MipCom de Cannes que « Baby First aidera les jeunes parents à interagir avec leur enfant ». Mais franchement, la cathode n'est-elle pas nuisible pour les tout-petits ?

Baby First, label international qui a déjà essaimé dans 28 pays, dont la Grande-Bretagne sur BskyB, il y a six mois, a bien rodé ses réponses à ce problème éthique. A chaque lancement, elle s'entoure d'un comité d'experts de la petite enfance. En France, la caution vient du magazine Psycho­Enfants. Baby First s'est dégoté aussi un alibi professionnel : cette fois, c'est Marc Teissier, l'ex-président de France Télévisions qui délivre le blanc-seing audiovisuel. Et puis, plastronne Sharon Rechter, « il n'y aura aucune publicité à l'antenne ». Les revenus seront générés par l'abonnement au pack famille de CanalSat et la vente de produits dérivés comme des DVD. Enfin, l'équipe de Baby First cite une étude américaine de mai dernier, selon laquelle « 90 % des bébés de 2 ans regardent régulièrement la télé », alors autant que les programmes soient adaptés.

Dommage que la chaîne n'ait pas la bonne foi de citer les conclusions de cette enquête scientifique tout à fait sérieuse de l'université Washington de Seattle : un lardon collé devant la télé avant 3 ans pourra plus tard avoir du mal à fixer son attention, se montrer agressif, voire connaître un développement cognitif anormal. « Je suis stupéfaite, renchérit Monique Dagnaud, directrice de recherche en sciences sociales au CNRS, ex-membre du CSA et auteur de Enfants, consommation et publicité télévisée (éd. La Documentation française). Baby First ne peut pas utiliser l'argument discutable selon lequel les parents accompagneront les découvertes télévisées de l'enfant. On sait parfaitement que dans la vie, la télé fait office de baby-sitter virtuelle. » Maligne, Baby First émet depuis l'Angleterre. « En tant que chaîne européenne, elle échappe à notre contrôle », glisse le CSA.

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