23 journaux en grève en Egypte

MEDIAS Pour protester contre l'ingérance du pouvoir dans la presse...

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Un dimanche sans presse en Egypte. 23 journaux indépendants ou d'opposition n'ont pas paru dimanche en signe de protestation contre les récentes atteintes à la liberté de la presse par le pouvoir égytptien.

Cette grève de parution a été initiée par le conseil des éditeurs de presse pour dénoncer une "campagne acharnée contre la presse libre en Egypte", a expliqué un dirigeant du syndicat des journalistes, Gamal Fahmy. .

Contexte inquiétant

Ce mouvement s'inscrit dans un climat de plus en plus tendu entre le régime du président Moubarak et la presse indépendante et d'opposition, avec une multiplication de procès contre des journalistes. Depuis septembre, ils sont sept journalistes, dont quatre rédacteurs en chef, à avoir écopé de peines de prison ferme allant jusqu'à deux ans pour avoir "nui à l'intérêt général" dans des articles critiquant le régime ou pour avoir "porté atteinte au prestige de la justice".
  
Un des ces journalistes, Ibrahim Eissa, rédacteur en chef du journal indépendant al-Dostour, est aussi jugé pour avoir relayé des rumeurs sur la santé du président Hosni Moubarak, 79 ans. Son procès a été reporté au 24 octobre.
"Parler de la santé du président ne devrait pas être un tabou" a commenté à l'AFP M. Eissa, qui est passible de trois ans de prison pour "diffusion de fausses nouvelles nuisibles à l'intérêt général et à la stabilité du pays".

"Cette grève n'est que la première étape" a affirmé à l'AFP un autre journaliste et chercheur reconnu, Mohammed Sayyed Saïd, qui fait aussi l'objet d'une plainte pour avoir dans son quotidien, Al-Badil, évoqué fin août ces rumeurs sur la santé du président.
Selon lui, "les journalistes ne sont pas au-dessus des lois", mais ils "demandent une loi qui garantirait la liberté d'expression".

Riposte
La presse pro-gouvernementale s'en prend dimanche aux journaux grévistes. Qualifiant à sa une de "suicidaire" leur décision, le quotidien Rose al-Youssef note que 517 journaux ont refusé d'y participer.

Président du conseil supérieur de la presse, Safouat al-Chérif, affirme que "le président Moubarak est attaché à la liberté de la presse" et qu'il a "tenu sa promesse d'annuler les peines de prison en cas de délit de publication". Mais selon ce responsable, "les journalistes se doivent de respecter le code déontologique", et de mieux équilibrer l'esprit de responsabilité et la liberté d'expression.

Les Etats-unis, dont l'Egypte est un des principaux alliés dans la région, ont fait part de leur "profonde" inquiétude face aux condamnations à répétition de journalistes égyptiens. Le Caire a dénoncé une "ingérence inacceptable".