Canal+: Pourquoi une perte record d'abonnés au premier trimestre 2016?

TELEVISION Canal+ a perdu 200.000 abonnés au premier trimestre 2016, la faute à qui ? A Bolloré, à Netflix et à Patrick Drahi selon une spécialiste des médias interrogé par «20 Minutes»...

V. J.

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Vincent Bolloré dans «Il faut sauver le soldat Canal+»
Vincent Bolloré dans «Il faut sauver le soldat Canal+» — NIVIERE/SIPA

Après l’annonce de 400 millions d’euros de pertes et la menace d’une possible fermeture, encore une mauvaise nouvelle pour Canal + : la fuite de 200.000 abonnés au premier trimestre 2016. Le site Les Jours s’est procuré un document interne et confidentiel qui révèle que les chaînes Canal + et CanalSat comptaient 7,535 millions d’abonnements en décembre 2015, contre 7,339 millions en mars 2016.

En détails, le groupe a vu partir 381.000 clients, et n’en a accueilli que 185.000 nouveaux, soit un déficit de 200.000, l’équivalent de la moitié du nombre d’abonnés perdus en 2015. Selon Julia Cagé, spécialiste des médias et professeure d’économie à Sciences Po Paris, les raisons de cette hémorragie sont multiples.

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Canal +, la chaîne du quoi ?

« Le rachat des droits de diffusion de la Premier League, le championnat anglais de foot, en novembre dernier par Patrick Drahi [qui lance cinq chaînes sportives] a fait beaucoup de mal à Canal +, rappelle-t-elle. A part la Ligue 1, ils n’ont plus aucune grande compétition européenne. »

BeIN Sports leur a ainsi piqué le tennis, le basket, le rugby, le handball… « C’est pourquoi Bolloré fait un chantage public en annonçant la mort de Canal si l’Autorité de la concurrence ne valide par le projet d’accord avec BeIN. » Or, Canal +, c’est le sport et un esprit décalé. Si on enlève le sport, il reste…

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Esprit, es-tu là ?

« L’exemple le plus frappant, le plus parlant, est le sort réservé aux Guignols, explique Julia Cagé. Absents de la grille pendant six mois, ils sont revenus avec de nouveaux auteurs, et tout le monde s’accorde à dire que ce n’est pas bon. Sans parler du chamboulement au Grand Journal et les rumeurs du passage au crypté du Petit Journal la saison prochaine. » Bolloré voudrait faire fuir les boîtes de production, ou tuer une émission qu’il n’aime pas, il ne s’y prendrait pas mieux.

La spécialiste des médias parle d’une « erreur de jugement » de la part du patron de Vivendi, d’avoir cru que le clair n’était pas si important. « Canal + souffre d’une grave perte d’image de marque. » Les Jours rapportent ainsi le témoignage d’un ancien cadre de la chaîne : « Bolloré a réussi en un rien de temps à faire que les salariés ne soient plus fiers de dire "Je travaille pour Canal + ". »

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Un management inadapté

« Si Bolloré s’est intéressé au groupe Canal, ce n’est pas seulement pour le "joyau" de la télé française, mais aussi pour sa présence en Afrique », éclaire Julia Cagé. Mais là encore, entre le désinvestissement du Festival de Cannes et d’iTELE et l’absence de lignes claires pour le crypté, la reprise en main se fait au dépend de la qualité. » C’est finalement tout le management qui pose question, comme d’avoir systématiquement remplacé les anciens chefs par des hommes de confiance, pas forcément compétents. « Une semaine avant la perte des droits de diffusion de la Premier League, l’équipe en charge des négociations était renouvelée, raconte Julia Cagé. Après, il ne faut pas s’étonner. »

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L’épouvantail Netflix

Le géant Netflix est souvent évoqué pour expliquer la chute de Canal +, avec son offre pléthorique pour un abonnement à 9,99 euros. Mais il faut relativiser dit la spécialiste des médias : « Il n’y a pas eu de déferlante non plus. Son impact a été moins fort, moins négatif, que prévu. » Reste que Canal doit préparer sa reconquête des abonnés, avec le deal BeIN Sports (« une priorité absolue »), la nouvelle version de son application myCANAL (et un mois d’abonnement gratuit du 18 avril au 18 mai) et, plus inattendu, le retour de son magazine papier (« une blague » pour Julia Cagé).