Mort de Prince: Mais comment TMZ obtient ses scoops?

MEDIAS Le site people a bâti un réseau d'informateurs qu'il n'hésite pas à payer...

Philippe Berry

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Le fondateur du site people TMZ, Harvey Levin.
Le fondateur du site people TMZ, Harvey Levin. — F.M. Brown / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le 25 juin 2009, Michael Jackson est prononcé mort à 14h26. 18 minutes plus tard, TMZ annonce la breaking news en exclusivité mondiale. Jeudi, le site people a récidivé avec le décès de Prince. Dérapage antisémite de Mel Gibson, vidéo de l’altercation entre Jay-Z et Solange, photo du visage tuméfié de Rihanna, tirade raciste de l’ex-patron des Clippers… Depuis sa création, en 2005, le site, qui appartient à Time Warner, a multiplié les gros coups. Et n’hésite pas à flirter avec la ligne jaune de la déontologie journalistique en payant ses sources.

Au fait, « TMZ », ça veut dire quoi ?

« Thirty Mile Zone », un vieux terme pour désigner un cercle de 50 km de diamètre centré autour des studios hollywoodiens, à Los Angeles. C’est prononcé « ti-m-zi ».

Un site qui appartient à Time Warner

En 2005, AOL et Telepictures, une division de Warner Bros, décident de lancer un site d’actu people construit sur les cendres de l’émission de télé Celebrity Justice. Alors que de nombreux sites people mettent en avant le glamour et les paillettes, TMZ se spécialise dans les scandales et les faits divers. Aujourd’hui, le site a environ 20 millions de visiteurs uniques mensuels, selon Quantcast, pour une audience à 80 % nord-américaine.

Harvey Levin, l’homme fort

Il a 65 ans mais en parait 10 de moins – il fait du sport tous les matins à l’aube avant d’aller au bureau. Avocat reconverti en journaliste fait divers/justice, il couvre notamment le procès d’O.J. Simpson dans les années 90. C’est le fondateur de TMZ et son patron. Il présente également deux émissions télé quotidiennes, TMZ Live et TMZ on TV.

Payer, une méthode critiquée mais efficace

Harvey Levin ne l’a jamais caché : TMZ paie parfois ses sources pour des infos mais surtout des photos et des vidéos exclusives. « Une vidéo reste une vidéo. Qui se préoccupe de savoir si on a payé pour l’obtenir ? », déclare-t-il sur Fox News en 2014. Voiturier, serveur, chauffeur, infirmière, secouriste, agent de sécurité… TMZ a constitué une armée d’informateurs qu’il paie en général 40 ou 50 dollars en cash pour un tuyau, selon des notes de frais consultées par le New Yorker.

Une source raconte au magazine comment il a distribué des billets de 100 dollars aux employés du Beverly Hilton pour que l’un deux prennent une photo de la baignoire de la chambre de Whitney Houston, qu’il a vendue 1.000 dollars à TMZ. Pour les vidéos, c’est beaucoup plus. Selon le New York Post, le site a payé 250.000 dollars pour le clip de l’altercation entre Jay-Z et Solange.

La société américaine des journalistes professionnels condamne la pratique de payer ses sources car cela « corrompt le journalisme ». Mais elle n’est ni nouvelle, ni criminelle. En 1912, le New York Times a payé un opérateur radio du Titanic 1.000 dollars pour son témoignage. Et lors du Watergate, CBS aurait versé 100.000 dollars à l’ancien chef de cabinet de Nixon pour une interview.

Une tip line qui n’arrête pas de sonner

TMZ paie, et cela se sait. Le site reçoit plus de 100 tuyaux par jour, via une ligne téléphonique et une adresse email dédiées, selon le New Yorker. Pour la mort de Michael Jackson, c’est un secouriste qui a contacté le site. Pour la vidéo du footballeur américain Ray Rice mettant K.O. sa fiancée, c’était un agent de sécurité qui a filmé la bande avec son téléphone portable. C’est parfois risqué. Le policier qui a envoyé la photo du visage tuméfié de Rihanna a été licencié.

Une rigueur journalistique

Si TMZ a fait de cette pratique un business model, le site ne publie pas de rumeurs, contrairement à de nombreux tabloïds comme le National Enquirer. Harvey Levin exige souvent une preuve documentée et chaque annonce majeure est confirmée auprès de deux sources. Pour Michael Jackson, c’était un garde du corps et le père du chanteur, Joe. TMZ a trois journalistes à plein-temps au tribunal supérieur de Los Angeles contre un seul pour le Los Angeles Times, selon le New Yorker. Le site people cultive des sources policières haut placées et compterait notamment dans ses petits papiers le médecin légiste en chef adjoint de Los Angeles. Et TMZ se plante rarement – à l’exception notoire d’un rapport erroné sur l’état critique du rappeur Lil’Wayne et d’une photo de JFK sur un yacht entouré de femmes nues, qui avait en fait été photoshopée. Comme le racontait Levin au New York Times pour le lancement du site, en 2007 : « On travaille aussi dur pour une histoire sur Britney Spears que NBC pour un sujet sur George W. Bush. »