Motion de défiance contre Michel Field: Une journée tendue à France Télévisions

MEDIAS Ce mardi, le directeur de l’information de France Télévisions saura si oui ou non, la motion de défiance à son égard a été adoptée par les journalistes des différentes rédactions…

Clio Weickert

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Logo de France Télévisions en 2016
Logo de France Télévisions en 2016 — Michel Euler/AP/SIPA

C’est une journée sous haute tension chez France Télé. Depuis ce mardi matin et jusqu’à 19 heures, les journalistes de France 2, France 3 et Francetvinfo.fr sont invités à répondre à la question « Faites-vous confiance à Michel Field pour diriger l’information de France Télévisions ? ». Un appel à voter une motion de défiance lancée jeudi dernier par les SDJ des trois rédactions, qui protestent notamment contre « le mépris, la désinvolture et parfois la grossièreté affichés » par Michel Field. Une journée critique pour France Télé et ses salariés, et une tension palpable, d’autant que les perspectives de résolution du conflit demeurent encore très floues.

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Une crise de confiance réelle

En fin de matinée, la SDJ de France 2 rapportait à l’AFP une « forte » mobilisation des journalistes de France Télévisions quant à cette motion de défiance. Près d’une centaine de journalistes sur 300 environ au total, avaient déjà déposé leurs bulletins secrets dans les trois urnes (une par rédaction), répondant à la question par « oui », « non », ou « ne se prononce pas ». Une forte prise de position, que la motion de défiance soit adoptée ou non. Car par ce vote, les salariés font part de leur perte de confiance envers Michel Field, mais aussi du sentiment de ne pas être entendu. Dans le groupe France Télé, les salariés vont jusqu’à parler de manque de respect et de nonchalance. Une grogne féroce contre le directeur de l’information, mais pas seulement.

De multiples griefs

Derrière cette motion de défiance, se cachent de nombreuses plaintes et protestations. Et chaque rédaction de France Télé a plus ou moins sa propre marotte. Du côté de France 2, les journalistes craignent notamment que les productions en externe de ses magazines se multiplient. Chez France 3, l’une des plus importantes crainte est la fusion de sa rédaction avec celle de France 2, et la peur d’y être complètement absorbée. Enfin, côté Francetvinfo.fr, c’est le nom de la « marque unique » « France Info » qui inquiète, et l’angoisse de se retrouver dilué dans cette offre d’infos globale regroupant notamment la future chaîne télé et les plateformes numériques. Des griefs multiples et plus ou moins propres à chaque rédaction, qui se cristallisent à travers la figure de Michel Field, incapable selon certains journalistes du groupe du service public, de défendre l’indépendance des rédactions.

La motion de défiance, symbolique mais pas décisive

« On déclenche ce qui est pour quelques journalistes l’arme ultime de nos rédactions », avait expliqué la semaine dernière à l’AFP Manuel Tissier, le président de la SDJ de France 2. Un rappel à l’ordre très symbolique, mais qui n’a pas vraiment l’air d’inquiéter le principal intéressé. « Je n’ai pas l’intention de démissionner », a expliqué Michel Fieldau Parisien samedi dernier. « J’entends le malaise et les critiques », précise-t-il ensuite, « il s’agit de tisser un lien que je n’ai pas su tisser à mon arrivée. J’hérite d’une immensité de dossiers simultanés ». S’il ne compte pas reculer, le directeur de l’info a néanmoins pris la décision de « renoncer » au projet de confier à un producteur extérieur l’une des émissions politiques de la rentrée.

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L’issue de la motion de défiance pourra-t-elle tout de même redistribuer les cartes ? Difficile à dire dans tous les cas. Car même si elle est adoptée, cette motion ne peut aucunement obliger Michel Field à démissionner, ou Delphine Ernotte à remercier son directeur de l’info. L’AFP rappelle notamment qu’en 2012, la rédaction nationale de France 3 en avait voté une contre le patron de l’info d’alors, Thierry Thuillier. La SDJ de France 3 l’accusait déjà de « favoriser systématiquement France 2 concernant la couverture commune des événements politiques et internationaux ». Pour autant, Thierry Thuillier n’est parti qu’en 2 015. A Radio France, autre service public, Mathieu Gallet a aussi survécu à une motion de défiance au printemps 2015, votée par les salariés au cours d’une grève historique.

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