Pourquoi la nouvelle émission politique de France 2 inquiète les journalistes de France Télévisions

MEDIAS A la rentrée prochaine, le nouveau magazine politique présenté par Karim Rissouli sur France 2 le jeudi soir, devrait être produit par une société extérieure à France Télévisions…

Clio Weickert

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Les locaux de France Télévisions
Les locaux de France Télévisions — JPDN/SIPA

Ça chauffe à France Télévisions. Ce jeudi, les rédactions de France 2, France 3 et Francetvinfo.fr. se sont réunies lors d’une grande assemblée générale, pour faire part de leur mécontentement vis-à-vis du projet « France Info », mais aussi du management de Michel Field. Parmi les nombreux points de discorde, y figure  le nouveau magazine politique présenté par Karim Rissouli. Le souci ? Ce nouveau format qui devrait débarquer sur France 2 ne serait pas produit par France Télé, mais par une société de production externe. Une première pour ce type de programme du service public.

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Il s’agit d’un des nombreux nouveaux projets de Michel Field depuis son arrivée à la tête de l’information chez France Télévisions. A partir de la rentrée prochaine, un nouveau magazine politique présenté par le journaliste Karim Rissouli, devrait débarquer à 20h15 le jeudi soir, juste après le JT écourté de David Pujadas. Une case horaire d’importance et une période cruciale, puisque les douze prochains mois seront rythmés par la campagne présidentielle.

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Une externalisation de l’info plutôt rare sur le service public

Mais si les journalistes de France Télé accueillent avec plaisir ce nouveau format et son présentateur, la production les chagrine. Car l’émission devrait être produite en externe par Renaud Le Van Kim, ex-producteur du Grand Journal, et réalisée par des journalistes extérieurs à la rédaction de France 2.

Une décision quelque peu surprenante selon Arnaud Dupont, analyste médias et directeur général du cabinet de conseil médias Headway International. « Ce n’est pas vraiment l’habitude du service public, et où que ce soit en Europe. Même si on fait de plus en plus appel aux producteurs extérieurs en ce qui concerne la fiction et le divertissement, le secteur de l’info reste globalement internalisé », explique-t-il.

Le risque d’affaiblir les rédactions

Pour Serge Cimino, journaliste sur France 3 et représentant de la SNJ de France Télé, il s’agit de la goutte d’eau de trop. « Cela fait des années que l’on se bat contre un bon nombre de productions externes, et là ça rajoute une couche », dénonce-t-il, « d’autant qu’il s’agit d’un programme que l’on sous-traite et que l’on pourrait très bien faire en interne car nous en avons les moyens ».

Pour l’analyste médias, cela risque à long terme de fragiliser les journalistes maison. « Faire appel à des producteurs privés pourrait affaiblir les différentes rédactions de France Télé, les rendre moins puissantes, et moins indépendantes. Et le pluralisme dépend en partie de cela », précise-t-il.

Crise de confiance 

Mais pourquoi faire appel au privé quand le service public pourrait très bien produire lui-même ce magazine politique ? « C’est forcément pour renouveler le traitement de l’info, et impulser un souffle nouveau au traitement de la politique », estime Arnaud Dupont. Sur le plateau du Supplément de Canal + dimanche dernier, Michel Fied a reconnu vouloir rajeunir le public et a fait notamment référence à « une écriture très nouvelle » pour intéresser des publics plus jeunes.

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Mais renouveau du traitement de l’info ou non, le journaliste Serge Cimino ne comprend pas pourquoi le directeur de l’info ne fait pas appel à ses propres journalistes. « Ils ont entre les mains une pépite, mais ils abîment les gens à l’intérieur… », déplore-t-il. « Ils ont décidé de ne pas nous faire confiance, nous sommes donc complètement décrédibilisés ». Les dirigeants de France Télévisions entendront-ils les craintes et les crispations de leurs journalistes ? Les rédactions réunies ce jeudi en assemblée générale ont décidé de rédiger une motion de défiance contre leur directeur de l’information Michel Field, qui sera soumise au vote mardi.