«France Info»: Pourquoi la colère gronde contre Michel Field

MEDIAS Ce jeudi, les SDJ de France 2, France 3 et Francetvinfo.fr vont se réunir lors d’une assemblée générale et discuter d’une éventuelle motion de défiance contre le directeur de l’info de France Télévisions…

Clio Weickert

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Michel Field, le directeur de l'information de France Télévisions, ne fait pas vraiment l'unanimité.
Michel Field, le directeur de l'information de France Télévisions, ne fait pas vraiment l'unanimité. — PAVIOT Tristan

La colère gronde à France Télévisions. Ce jeudi, les rédactions de France 2, France 3 et de Francetvinfo.fr se réunissent lors d’une grande assemblée générale pour faire entendre leur grogne concernant la marque unique «  France Info ». Et pas seulement. Les journalistes aborderont également le comportement et le management de Michel Field, le directeur de l’information de France Télé depuis décembre 2015, vivement critiqué et qui pourrait faire l’objet d’une motion de défiance. 20 Minutes fait le point sur la situation et vous explique les raisons de la colère des journalistes de France Télévisions.

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Non au nom « France Info »

En septembre prochain, une nouvelle chaîne d’info va faire son apparition sur le petit écran, 100 % made in service publique et regroupant France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA. Une bonne nouvelle en termes de pluralité d’infos, mais qui n’est pas sans soulever des craintes. A commencer par le nom « France Info », qui irrite. « Nous craignons une confusion avec la radio », a expliqué dans un communiqué la rédaction de Francetvinfo.fr, en grève le 7 avril dernier. « Nous ne voyons pas comment cette marque, "vieillotte et surannée", selon les mots de Michel Field […], peut prétendre développer de nouveaux usages et conquérir de nouveaux publics qui ne consultent pas les médias traditionnels ».

Lors d’un référendum organisé il y a quelques semaines, plus de 9 journalistes sur 10 de France 2, France 3 et Francetvinfo.fr se sont prononcés contre le nom « France Info ». « On n’a pas trouvé mieux », aurait expliqué Delphine Ernotte aux journalistes, tel que l’a confié un salarié de France Télé à 20 Minutes.

La dilution des rédactions

Derrière le refus de ce nom, se cache aussi la crainte des rédactions de perdre leur indépendance, et que règne la confusion la plus totale. Car « France Info » désignera la radio historique, la chaîne d’info et l’offre numérique d’information des rédactions de France Télévisions. Actuellement, les rédactions de France Télé sont indépendantes les unes des autres et « peuvent traiter le même sujet, chacun avec un style et un ton qui leur sont propres. Lecteurs et spectateurs ont donc le choix », précise le communiqué de Francetvinfo.fr. En sera-t-il de même sous la marque « France Info » ?

L’information externalisée

Autre sujet qui coince, l’externalisation de l’information. A la rentrée prochaine, un nouveau magazine politique devrait débarquer sur France 2 les jeudis soir, présenté par le journalisteKarim Rissouli. Le hic ? L’émission devrait être produite par une société de production externe à France Télé, celle de Renaud Le Van Kim, ex-producteur du Grand Journal de Canal +, une première pour ce type de programmes. Une externalisation qui inquiète les journalistes, craignant de perdre la main sur le programme, d’autant que les prochains mois seront rythmés par la campagne présidentielle.

Le flou total

Mais au-delà de ces nombreux points de discorde, c’est tout le management du secteur de l’info qui est remis en question par les différentes rédactions. « On nous a baladés pendant des mois », déplore Ilan Caro, journaliste et membre de la Société des journalistes (SDJ) de Francetvinfo.fr, « on ne nous disait rien, on ne répondait pas à nos questions, et là, le projet demeure encore assez flou alors que l’échéance approche ». Depuis quelques semaines, les bouleversements de la grillent pleuvent. Suppression de Des paroles et des actes, d’Envoyé spécial, Elise Lucet qui quitte le JT et débarque le jeudi soir, l’arrivée d’un nouveau magazine politique… Mais s’ils ne lésinent pas, Delphine Ernotte et Michel Field seraient loin d’être très réglo.

La désinvolture de Michel Field

« Nico­las, si tu nous écoutes, ne te suicide pas tout de suite », a balancé Michel Field en plaisantant sur le plateau du Supplément de Canal + ce dimanche, pour aborder l’avenir incertain de Complément d’enquête, présenté par Nicolas Poincaré. Des propos qui ne sont vraiment pas passés… Si le directeur de l’info de France Télé a reconnu publiquement avoir fait preuve de « maladresses », la polémique ne désenfle pas. A tel point que son comportement sera largement abordé lors de l’assemblée générale de demain, jusqu’à l’évocation d’une motion de défiance. « L’AG se veut clairement être un coup de semonce contre le management de Michel Field, sur la perte de confiance que nous avons à son égard et sur son comportement nonchalant en interne, voire irrespectueux », explique un journaliste de France Télé. Un véritable bras de fer s’annonce.