Pourquoi les médias américains sous-traitent le scandale des «Panama papers»

MEDIAS Le silence des journaux américains fait beaucoup de bruit sur Twitter…

Philippe Berry

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Comparatif de la couverture européenne et américaine des «Panama Papers» («Le Guardian» et «Le Monde», à droite, face au «New York Times» et au «Washington Post»).
Comparatif de la couverture européenne et américaine des «Panama Papers» («Le Guardian» et «Le Monde», à droite, face au «New York Times» et au «Washington Post»). — twitter.com/aaranged

En France et dans le monde, le scandale des « Panama papers » fait la Une des journaux. Les sites d’actu et les chaînes multiplient les directs, les interviews et les éclairages. Mais aux Etats-Unis, c’est presque le grand silence. A la mi-journée, lundi, il fallait fouiller pour trouver des articles sur les sites du Washington Post ou du New York Times. « Pour l’instant, il semble que la couverture soit plus importante en dehors des Etats-Unis », reconnaît Kristen Hare, qui observe les médias pour l’école de journalisme Poynter Institute. Tentative d’explication.

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Il y a peu de partenaires américains

Tout est parti d’Allemagne et d’une source non-identifiée du quotidien Süddeutsche Zeitung. Face à la plus grande fuite de documents de l’histoire du journalisme, ce dernier a sollicité l’aide du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), basé aux Etats-Unis, qui regroupe plus de 65 médias du monde entier. Sur l’affaire, « il y a des partenaires américains comme le groupe McClatchty. Elle a fait la Une du Miami Herald », précise Hare. Ainsi que de la chaîne hispanique Univision, sans doute car le cœur du scandale est basé à Panama et dans les Caraïbes.

Pourquoi l’ICIJ n’a-t-il pas mis dans la boucle le Washington Post, le New York Times – avec qui il a travaillé par le passé – ou CNN ? On l’ignore. Interrogé par 20 Minutes, le groupe n’avait pas encore répondu, lundi soir. Mais la journaliste note que le magazine Fusion était partenaire, pour « cibler une audience jeune et numérique ». Elle s’attend à ce que la couverture monte en puissance au cours des prochains jours, une fois que les rédactions poursuivront leurs propres pistes – et pas simplement en citant les documents publiés par des concurrents.

Le mauvais timing

Le scandale a été révélé à 20h00 dimanche, soir, quand l’Europe a les yeux braqués sur les journaux télévisés. Aux Etats-Unis, c’était le milieu de l’après-midi, quand l’Amérique suit religieusement le sport.

La campagne présidentielle bat son plein

Lundi matin, CNN a diffusé vingt segments sur Donald Trump et un seul sur les « Panama Papers », note le journaliste Alex Weprin, de Politico, citant des données de TVEyes. Après une courte pause d’une semaine, la couverture sur la campagne présidentielle a repris de plus belle ces jours-ci, à la veille d’un scrutin important dans le Wisconsin – si Trump perd, il aura sans doute du mal à atteindre la majorité absolue des délégués de la primaire républicaine. Pour l’instant, Donald Trump, Ted Cruz et Hillary Clinton ne semblent touchés par le scandale. Si cela changeait, l’intérêt médiatique pour ces « Panama Papers » serait sans doute tout autre…