Passage de LCI en gratuit: «Cette décision est tout à fait légitime et aurait même dû être prise avant»

INTERVIEW Ce jeudi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a rendu son verdict : LCI pourra faire son entrée sur la TNT gratuite. Patrick Eveno, historien et économiste des médias, revient sur les conséquences de cette décision tant attendue…

Propos recueillis par Clio Weickert
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Photo du 29 juillet 2014,une enseigne LCI à l'entrée du siège de TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris
Photo du 29 juillet 2014,une enseigne LCI à l'entrée du siège de TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris — KENZO TRIBOUILLARD AFP

LCI pourra fêter la nouvelle année l’esprit tranquille, le CSA a enfin accepté son passage au gratuit. La chaîne d’info appartenant au groupe TF1 s’était vue refuser cette requête une première fois en 2014, mais grâce à l’annulation des décisions de CSA par le Conseil d’Etat en juin pour un motif de procédure, la chaîne avait pu retenter sa chance. Au grand dam de certains de ces concurrents. Pour comprendre les enjeux de ce verdict tant attendu, 20 Minutes a contacté Patrick Eveno, historien et économiste des médias, afin d’en comprendre les conséquences.

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Le passage de LCI sur la TNT gratuite, s’agit-il d’une grosse surprise ?

Non, c’était prévisible dans la mesure où la première décision en 2014 était tout à fait contestable, il s’agissait d’une mauvaise analyse du marché. Ce n’est pas parce qu’on introduit un nouvel acteur que ça va réduire la manne publicitaire. Au contraire, plus on a d’acteurs, plus ça augmente les recettes publicitaires de tout le monde. Du point de vue de l’information, il y a eu du nouveau. Vincent Bolloré s’est emparé d’une chaîne d’info en continu, iTélé, à travers Canal + et Vivendi, et de l’autre côté, Drahi s’est emparé de BFMTV avec l’accord d’Alain Weill. On a donc deux milliardaires qui détiennent deux chaînes d’information privées, donc même s’il y a aussi une future chaîne publique (France Télévisions et Radio-France), il y a un véritable problème de concurrence.

Et qu’implique cette décision concernant le marché des chaînes d’info en continu ?

Plus de concurrence donc, même si ça va être difficile pour LCI de détrôner un leader comme BFMTV, qui fait quand même le double de l’audience de iTélé par exemple. Il faut que LCI investisse, se développe, mais ça va surtout permettre d’avoir plusieurs regards sur l’info en continu, et sur l’info en général. Dans tous les pays du monde, il y a de plus en plus de chaînes. En Europe, en une dizaine d’années, on est passé à plus de 120 chaînes d’info en continu et ça continue d’augmenter, c’est une tendance lourde dans le système médiatique. Et plus il y a de concurrence, plus il y a de pluralisme en termes d’information du citoyen.

Ses concurrentes ont-elles des raisons de s’inquiéter ? Alain Weill, patron de BFMTV parlait notamment de 100 licenciements

C’est une menace en l’air. Il n’a pas besoin de licencier car pour l’instant il est largement leader. Le plus gros souci c’est iTélé qui est très en retard sur BFMTV, et avec tous les changements ces derniers temps, ils ne savent pas très bien où ils vont. Pour l’instant, Vincent Bolloré s’occupe surtout de Canal +. 

Enfin, à la suite de la décision du CSA ce jeudi, NextRadioTV (BFMTV, RMC) a accusé le CSA d’avoir cédé « aux pressions extérieures ». Qu’en pensez-vous ?

Tout le monde fait pression, tout le monde fait du lobbying. Quand Alain Weill dit qu’il va licencier 100 personnes, ce n’est pas une pression ça ? Si LCI n’avait pas été autorisée, on aurait dit le contraire. Selon moi, cette décision est tout à fait légitime et aurait même dû être prise avant.