«Libération»: Vague d'indignation après une chronique jugée islamophobe

POLÉMIQUE La chronique signée par Luc Le Vaillant dans « Libé » ce mardi est jugée islamophobe, sexiste et raciste par de nombreux lecteurs…

Fabien Randanne

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Illustration du métro parisien.
Illustration du métro parisien. — Krystof Kriz/AP/SIPA

« Elle doit avoir dans les 25-30 ans. Elle est la sœur désolée et désolante des beurettes sonores et tapageuses qui égaient les soirées RATP. (…) Si l’œil du voisin de strapontin se fait inquisiteur, ce n’est pas pour pincer le bourrelet charmeur mais pour palper la possibilité d’une ceinture de chasteté explosive. (…) Je ne peux pas m’empêcher de la voir comme une compagne de route des lapideurs de couples adultères et de coupeurs de mains voleuses. »

Dans une chronique intitulée « La femme voilée du métro » publiée ce mardi dans Libération, Luc Le Vaillant décrit un trajet sur la ligne 4, celle qui « coupe la jugulaire de la capitale dans la peine », dans une rame où a pris place une usagère vêtue d’une abaya. Cette tunique portée par les musulmanes ne couvre ni le visage, ni les pieds, ni les mains et n’est pas interdite en France.

« Une restitution littéraire et ironique »

Cette prose très littéraire, aux métaphores ampoulées, est présentée comme « une recension des craintes réelles et fantasmées comme des répulsions laïques déclenchées par une passagère (…) dans une rame d’après-attentats ». Mais tous les lecteurs n’ont pas goûté à l’exercice de style et l’on fait savoir, notamment sur Twitter. Le hashtag #LibéRacisme trônait ce mardi midi en tête des « trending topics » France, les sujets les plus commentés sur le site de microblogging.

 

 

 

 

Face au tollé, Laurent Joffrin, le directeur de la publication de Libération, a officiellement réagi. « Si des lecteurs ont été blessés par ce texte, nous en sommes désolés », écrit-il après avoir expliqué que « Luc a mis en scène des fantasmes et des inquiétudes qui courent dans la société. Sans doute aurait-il dû souligner avec plus de précautions qu’il s’agissait non d’une opinion construite mais de la restitution littéraire et ironique de préjugés et d’angoisses qu’il se reproche lui-même, comme il l’écrit, d’avoir ressentis. »

Le directeur de la publication souligne que les chroniques « n’engagent pas le journal au même degré qu’un éditorial ou un article d’information ». Un point sur lequel insiste la Société des journalistes et du personnel de Libération (SPJL), qui s’est fendue à son tour d’un communiqué : « La SJPL rappelle qu’il s’agit d’une chronique qui, de par ce statut, engage l’opinion de son auteur et non celles d’autres journalistes. » 

 

Et d’assurer : « Au sein de l’équipe, de très nombreux journalistes ont également fait part ce mardi de leur désapprobation sur un contenu qui ne reflète pas, à leurs yeux, les valeurs du journal et leurs convictions personnelles. » Un journaliste de Libération, cité par Les Inrocks résume l'avis d'une partie de la rédaction : « C’est macho, imbécile, ça manque d’humour, de recul. [Luc Le Vaillant] croit qu’il a du recul sur lui-même alors qu’il ne sort jamais de ses fantasmes. »