Attentats à Paris: «Ils sont restés comme ça cinq secondes et sont partis», raconte le photographe

PHOTOGRAPHIE Benjamin Filarski a pris dimanche soir, rue de la Fontaine-au-Roi, un cliché qui a depuis fait le tour du monde. Le jeune homme de 22 ans se confie à « 20 Minutes »…

Fabien Randanne

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14 novembre 2015, deux policiers en larmes rue de la Fontaine au Roi.
14 novembre 2015, deux policiers en larmes rue de la Fontaine au Roi. — Benjamin Filarski/hanslucas.com

L’image fait le tour du Web depuis qu’elle a été mise en ligne dimanche soir. Un policier, en tenue, pleure sur l’épaule d’un de ses collègues alors que, non loin d’eux, des passants semblent figés dans le recueillement. Une scène immortalisée par Benjamin Filarski.

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« Dimanche soir, vers 20h, une heure après le mouvement de panique générale place de la République [à Paris], j’étais rue de la Fontaine-au-Roi (Paris 10e) pour prendre des photos des hommages rendus aux victimes des attentats, devant le café Bonne Bière », raconte à 20 Minutes cet étudiant en sciences politiques et en sociologie, également photojournaliste indépendant.

 

« Je me baladais et j’ai vu deux policiers qui se recueillaient debout. Ils sont restés là deux minutes maximum, puis se sont décalés de cinq mètres. C’est à ce moment que l’un d’eux a craqué », poursuit Benjamin Filarski. Cet instant d’émotion a été très bref : « Ils sont restés comme ça cinq secondes et sont partis. Je ne leur ai pas parlé. »

« Je n’arrive pas à tout suivre, à contrôler »

Le jeune photographe a donc été suffisamment réactif pour capturer ce moment suspendu : « Je savais que c’était une bonne photo, qu’elle disait quelque chose de fort, mais je suis surpris par l’écho qu’elle obtient. »

L’image a été massivement partagée en quelques heures sur les réseaux sociaux et Benjamin Filarski est, depuis, contacté par des médias du monde entier : « Ça n’arrête pas. Je viens à l’instant de recevoir une proposition d’un journal norvégien. Je n’arrive pas à tout suivre, à contrôler. Je reçois sans cesse des notifications signalant que la photographie est téléchargée. Cela ne veut pas dire qu’elle sera utilisée par les médias, mais je n’ai jamais connu ça pour une photo… »

Le jeune homme de 22 ans a débuté dans le photojournalisme il y a trois ans. Il vend ses images via le collectif Hans Lucas. Son travail a déjà été remarqué puisqu’il a remporté, en 2014, le grand prix du photoreportage étudiant du concours Paris Match pour un reportage en Ukraine, intitulé « Euromaidan pendant la trêve ». « Habituellement, je ne fais pas de photos d’actualité, plutôt des reportages sur le long terme », précise Benjamin Filarski.

Face au succès de l’image du policier en pleurs, il garde la tête froide : « On va voir les proportions que ça va prendre, mais c’est vrai que c’est toujours encourageant pour poursuivre dans le photojournalisme. »