Audiences, numérique, dossier LCI... Dans quel état Nonce Paolini va laisser le groupe TF1

AUDIOVISUEL Le Corse de 66 ans laissera le poste, qu'il occupe depuis 2008, au printemps...

F.R. avec AFP

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Nonce Paolini, PDG du groupe TFI en juin 2012
Nonce Paolini, PDG du groupe TFI en juin 2012 — ERIC PIERMONT / AFP

On connaît désormais l’identité du nouveau patron du groupe TF1. C'est Gilles Pélisson qui succédera à Nonce Paolini qui quittera son poste au printemps. En quelque huit années de mandats, ce Corse plutôt discret, a su faire évoluer le groupe audiovisuel. 20 Minutes revient sur son bilan et sur les chantiers qui attendront le nouveau PDG.

  • Une chute logique des audiences

Nonce Paolini a pris les commandes de TF1 en 2008. A l’époque, la chaîne était un rouleau compresseur du côté des audiences, mais aucun axe de développement n’était véritablement dessiné. Or, le paysage audiovisuel français commençait à muer et la crise économique venait tout juste de démarrer. « Il est arrivé dans une période de transition compliquée, avec la multiplication des chaînes, notamment de la TNT, entraînant une fragmentation des audiences », souligne Aliette De Villeneuve, responsable du pôle contenus et marketing des programmes au sein de NPA Conseil.

En 2014, TF1 se félicitait d’avoir réalisé 95 des 100 meilleures audiences en prime-time. Un palmarès qui ne doit pas cacher l’érosion des audiences. En 2007, celles-ci étaient de 30,7 % et, aujourd’hui, elles sont tombées à 21,4 %. « Cette baisse est logique, nuance la spécialiste du marketing des médias. Mais Nonce Paolini a réussi à maintenir le cap pour le groupe TF1. »

  • La stratégie sur la TNT n’a pas implosé

Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte n’avaient pas vu venir la multiplication des chaînes gratuites, ou, du moins, ne voulaient pas croire en leur montée en puissance. L’abandon progressif du réseau analogique aux alentours de 2009 au profit de la TNT a entraîné l’élargissement de l’offre télévisuelle. Une vingtaine de nouvelles chaînes nationales (NRJ 12, D8, Chérie 25…) sont apparues et se sont imposées dans le quotidien des téléspectateurs.

Nonce Paolini n’est pas resté passif face à cette redistribution des cartes. Le groupe TF1 a racheté deux chaînes de la TNT gratuite au groupe AB, TMC et NT1, en 2009, puis HD1 en 2012. « En cumul, les audiences de ces trois chaînes sont assez bonnes. La complémentarité fonctionne bien, elles touchent chacune des cibles différentes », note Aliette de Villeneuve. Résultat, ces trois chaînes compensent en partie la baisse des audiences de TF1 : si l’on prend en compte les quatre canaux du groupe, l’audience cumulée atteint 28,7 %, et même 33 % sur la cible des responsables des achats de moins de 50 ans, si prisée des annonceurs. Ces derniers continuent de convoiter les pages de pub du groupe : TF1, TMC, NT1 et HD1 captent à elles seules 46 % des dépenses publicitaires totale à la télé.

  • De bonnes opérations financières

Nonce Paolini a essuyé la tempête de la crise sans se laisser trop ébouriffer. Il a fait la chasse aux coûts et a par ailleurs conclu, en début d’année, la vente d’Eurosport pour environ un milliard d’euros, à Discovery. Selon des analystes, le trésor de guerre atteindrait 800 millions d’euros.

  • Un virage numérique bien négocié

Les comportements des téléspectateurs ont également changé en l’espace d’à peine dix ans. Le rattrapage des émissions sur Internet entre de plus en plus dans les mœurs. « Le groupe a développé une offre numérique essentielle, TF1 est bien implantée en ligne », avance la spécialiste du marketing des médias. Le portail MyTF1.fr, qui propose notamment les programmes en replay des quatre chaînes du groupe, se classe à la 22e place des marques Internet françaises.

  • Les gros chantiers et le dossier LCI

Du côté de sa grilles des programmes, TF1 doit renouveler son offre, à commencer par Mentalist, véritable appeau à téléspectateurs, dont les ultimes épisodes ne vont pas tarder à être diffusées. Les fictions qu’elle produit doit désormais prendre en compte le potentiel à l’export. Le groupe mise déjà sur les coproductions internationales et l’on constate une politique de fictions événementielles « de prestige » à l’image de la mini-série Une chance de trop portée par Alexandra Lamy et avec l’auteur de polars Harlan Coben en showrunner.

Mais le principal casse-tête du groupe demeure LCI. La chaîne d’information en continu a été ringardisée par ses concurrentes BFMTV et iTélé et plombe les comptes. Son passage en gratuit est essentiel pour assurer sa survie. Le CSA se prononcera dans les prochaines semaines sur la question. Mais rien ne dit qu’il acceptera que le groupe de TF1 obtienne une cinquième chaîne gratuite. En cas de refus, l’avenir de LCI sera fortement compromis. Une défaite dont Nonce Paolini se passerait volontiers en fin de mandat.